Trois millions de chômeurs pourtant un million d’offres ne trouvent pas preneur : le casse-tête du marché du travail allemand
L’Allemagne fait face à une inadéquation marquée entre les travailleurs disponibles et les emplois vacants. Actuellement, le pays enregistre environ trois millions de demandeurs d’emploi, ce qui représente un taux de chômage de 6,3 % en juin. Parallèlement, plus d’un million de postes restent à pourvoir, exacerbant un problème de recrutement qui devrait s’intensifier avec le vieillissement de sa population.
Dans la région de Fulda, Julia Unkelbauer, 38 ans et diplômée en biologie, se heurte à des difficultés pour trouver un emploi. Malgré un chômage relativement faible dans sa région, elle n’a pas réussi à décrocher de poste dans son domaine de recherche, illustrant ainsi le paradoxe d’un marché du travail en crise. « Le nombre de postes est très limité et il est compliqué d’obtenir des financements », déclare-t-elle, sans emploi depuis l’automne 2024.
L’Agence fédérale pour l’emploi a recensé environ 648.000 offres d’emploi en juin, en hausse de près de 6.000 par rapport au mois précédent. Toutefois, le nombre total de postes vacants s’élève à 1,1 million, en incluant les recrutements menés directement par les entreprises, selon l’institut pour le marché du travail (IAB) de Nuremberg.
157 métiers en pénurie
Les économistes parlent d’un « mismatch » qui affecte l’économie allemande, déjà en difficulté. En mai, 157 métiers étaient identifiés comme en pénurie, notamment dans les secteurs de la santé et des transports. Andrea Nahles, présidente de l’Agence pour l’emploi, a souligné la nécessité urgente de recruter du personnel soignant, des professionnels en physiothérapie, ainsi que des conducteurs de bus et de poids-lourds.
Cependant, Julia Unkelbauer ne vise pas ces carrières. Si elle n’obtient pas de poste dans la recherche, elle est prête à explorer d’autres opportunités dans son domaine, tout en envisageant de quitter sa région si nécessaire.
Déficit démographique
À Fulda, Katharina Henkel, cheffe de l’agence locale pour l’emploi, constate que de nombreuses personnes cherchent un emploi, mais que les qualifications requises par les employeurs ne correspondent pas toujours. « Il faut jusqu’à 300 jours pour pourvoir certains postes, notamment dans les soins ou le transport », précise-t-elle.
La numérisation et l’intelligence artificielle modifient les besoins en main-d’œuvre qualifiée, et ces difficultés de recrutement devraient s’aggraver avec le vieillissement de la population. Dans les dix prochaines années, environ 13 millions d’Allemands atteindront l’âge de la retraite, tandis que seulement 7,8 millions de personnes devraient entrer sur le marché du travail, selon l’Agence pour l’emploi.
Perdre 450 employés sur 2.000
À Francfort, le groupe Samson, fabricant de valves, prévoit de perdre environ 450 de ses 2.000 employés en raison des départs à la retraite dans les sept à huit prochaines années. « Nous devons réfléchir à comment et avec quelles qualifications les remplacer », explique Frank Oppenländer, directeur des ressources humaines. L’entreprise recherche activement des profils comme des tourneurs-fraiseurs et des mécatroniciens, des postes de plus en plus difficiles à pourvoir.
Pour faire face à cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée, des mes comme la formation continue et une politique migratoire accélérée sont jugées nécessaires. M. Oppenländer souligne que les délais d’obtention des permis de travail sont « beaucoup trop longs ». « Nous avons besoin de recruter dès aujourd’hui, pas dans deux ans », conclut-il.
Source : BFM TV
