Frontex accusé d’idéaliser l’expulsion d’enfants dans un guide controversé
Un « guide sur le retour » élaboré par Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, suscite une vive polémique. Bien que la brochure date de 2024, elle refait surface alors que le Parlement européen a approuvé, le 17 juin dernier, de nouvelles réformes concernant le renvoi des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier et l’ouverture potentielle de centres de rétention hors de l’Union européenne.
Le document, destiné aux mineurs de 6 à 11 ans qui seront bientôt reconduits à la frontière, est disponible en une quinzaine de langues. Il est critiqué pour sa représentation idéalisée de l’expulsion des mineurs. Présenté sous une forme colorée et ludique, semblable à une bande dessinée, le livret vise à aider les enfants à comprendre les étapes de leur expulsion.
Cependant, son contenu choque plusieurs observateurs. Les procédures d’expulsion, décrites de manière positive, sont en réalité souvent violentes. Le retour forcé est présenté comme une aventure familiale, avec des phrases telles que : « Maintenant que tu es dans le pays de ta famille, tu vas vivre des expériences nouvelles et différentes. La nouveauté est toujours excitante ! » Des invitations à exprimer des émotions et des jeux sont également inclus, comme la question : « D’après toi, de quelle couleur sera le gilet ? », en référence à la tenue des accompagnateurs à l’aéroport.
À l’étape 3 du livret, les centres de rétention administrative sont évoqués. Ces lieux, où les familles sont temporairement enfermées avant leur départ, sont décrits de manière simpliste. En réalité, il s’agit de structures où les enfants attendent, souvent dans des conditions difficiles, leur renvoi forcé. Le livret mentionne : « Tu resteras là jusqu’au voyage. Tu pourras ou non être autorisé(e) à quitter le bâtiment ou à recevoir la visite de personnes extérieures. »
De plus, certains mineurs pourraient être transférés vers les nouveaux « hubs de retour », récemment votés. Ces centres, situés hors de l’UE, seraient destinés à accueillir et éventuellement détenir des personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Ces structures suscitent des inquiétudes à l’international, notamment de la part de l’ONU, qui a averti que « les pays de l’UE ne peuvent pas simplement externaliser dans des pays tiers leurs obligations en matière de droits humains ».
Au sein de la classe politique et des ONG, le guide a provoqué de vives réactions. Le sénateur socialiste Alexandre Ouizille a qualifié le document de « l’un des plus effrayants que l’Union Européenne n’ait jamais produit ». Cécile Vanderstappen, de l’ONG CNCD-11.11.11, a qualifié le livret de « assez cruel », soulignant son décalage avec la réalité des enfants concernés.
Frontex, quant à elle, défend son livret en affirmant qu’il vise à préparer les enfants à leur « retour » et à répondre à un besoin exprimé par les autorités nationales pour des outils adaptés aux enfants.
Source : Frontex
