Deuil périnatal : « Il faut offrir le temps de dire adieu »
Le 1er juillet, un congé supplémentaire de naissance entre en vigueur en France. Chaque parent aura la possibilité d’ajouter un ou deux mois à son congé de maternité, de paternité ou d’adoption, indemnisé à 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second. Cette me vise à permettre aux parents de tisser un lien avec leur enfant durant les premières semaines de vie.
Cependant, cette initiative repose sur une condition essentielle : qu’il y ait un enfant à accueillir. Chaque année, des dizaines de milliers de grossesses s’interrompent en France, que ce soit par des fausses couches tardives, des interruptions médicales de grossesse ou des morts in utero. Ces situations, regroupées sous le terme de deuil périnatal, engendrent des expériences variées mais partagent une réalité commune : une grossesse attendue se termine sans enfant à ramener.
Deuils non reconnus
Les parents qui vivent cette perte retournent souvent de la maternité les mains vides. Le droit français, bien qu’il reconnaisse ces situations, ne le fait qu’au-delà d’un seuil : un enfant doit naître sans vie après vingt-deux semaines d’aménorrhée ou peser au moins cinq cents grammes pour que la mère conserve l’intégralité de son congé de maternité et bénéficie d’un congé de deuil. En deçà, la perte ne donne droit qu’à un arrêt maladie, un seuil qui ne reflète pas la douleur des familles touchées.
Une femme qui accouche d’un enfant mort à vingt et une semaines ne souffre pas moins qu’une autre qui accouche à vingt-trois semaines ; elle est simplement classée différemment par le droit social. Le corps, quant à lui, ne fait pas la distinction : après une perte tardive, les manifestations physiques de l’accouchement, comme la montée de lait, se produisent comme après toute naissance.
La joie organisée, le malheur sans cadre
L’état civil ne propose pas de solution satisfaisante non plus. Depuis 2008, sans condition de durée ni de poids, les parents peuvent établir un acte d’enfant sans vie. Cet acte permet de donner un prénom à l’enfant et, depuis 2021, un nom de famille. Toutefois, cette reconnaissance n’est pas étendue au monde du travail, où la perte n’ouvre aucun temps pour le deuil. Selon le service auquel on s’adresse, un même événement peut être considéré comme un enfant ou une non-naissance.
L’arrêt maladie, qui est souvent la seule option offerte, impose de classer un deuil sous la dénomination d’une maladie, ce qui peut minimiser la réalité de la perte. Le congé de maternité ou de deuil affirme : « Vous avez perdu un enfant », alors que l’arrêt maladie dit : « Vous êtes souffrante ». Cette distinction, bien que subtile, peut contribuer à un sentiment de déni de la perte.
De timides avancées
Cependant, cette situation n’est pas immuable. Des avancées ont déjà été réalisées. En 2020, le législateur a allongé les droits des parents en deuil, augmentant le congé pour décès de cinq à sept jours et ajoutant un congé de deuil de huit jours. De plus, depuis 2024, l’arrêt de travail qui suit une fausse couche n’est plus soumis au délai de carence.
Le 1er juillet, la France fera un pas supplémentaire pour les parents qui accueillent un enfant. Il reste à faire un geste équivalent pour ceux qui repartent sans. Le même élan qui accorde deux mois pour découvrir un visage pourrait offrir, à ceux qui n’en auront pas eu l’occasion, le temps reconnu de dire adieu.
Source : La Croix
