L’odeur des cadavres ne nous quitte pas : le tremblement de terre au Venezuela
Sur la plage de La Guaira, sur la côte nord du Venezuela, les parasols alignés sur le sable rappellent la vie d’avant. En arrière-plan, des montagnes de décombres où s’activent les excavatrices, au milieu des sirènes des ambulances et de la police. Le gouvernement vénézuélien a distribué des masques pour prévenir les infections, alors que sous les 40 degrés, les corps se décomposent rapidement. Alejandro, un habitant, témoigne : « C’est pire que l’odeur du poisson pourri, c’est bien plus fort. L’odeur des cadavres ne nous quitte pas, sauf ici, au bord de la mer avec la brise salée. »
Des centaines de Vénézuéliens se sont mobilisés pour porter secours aux victimes du double séisme survenu le 24 juin, parcourant parfois des kilomètres pour répondre à cette crise. Le bilan officiel fait état de plus de 1 700 morts, 3 150 blessés et 12 700 sinistrés, des chiffres jugés probablement sous-estimés par l’ONG Provea, qui appelle à des décomptes indépendants.
Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, a qualifié ces séismes de magnitude 7,2 et 7,5 de « catastrophe naturelle la plus brutale » de l’histoire du pays, soulignant que chaque personne sauvée est un miracle. Cependant, les organisations humanitaires s’inquiètent, car les chances de retrouver des survivants diminuent au-delà de 48 à 72 heures.
« On doit travailler avec les ongles »
Dans La Guaira, le plus touché des sept États affectés, deux garçons de 11 ans ont été retrouvés vivants, dont l’un, Moisés, était coincé sous trois mètres de décombres. Les sauveteurs ont mis six heures à l’en sortir. Les cris des victimes sous les gravats hantent les habitants, dont beaucoup ont perdu des proches. Faute d’organisation, les sauvetages sont menés par les habitants avec des outils de chantier et des cordes. Une habitante déclare : « On doit travailler avec les ongles », tandis qu’une autre se plaint de l’absence d’assistance étatique.
À Caracas, les autorités sont également absentes, et des distributions de biens de première nécessité sont organisées par les habitants. Cependant, un journaliste est interpellé en enregistrant une vidéo, lui demandant de montrer aussi des choses positives.
Depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro, Delcy Rodríguez, vice-Première ministre, as la présidence par intérim. Elle est critiquée pour avoir été perçue comme faisant campagne sur la catastrophe naturelle.
« Crise humanitaire complexe »
Le docteur Pedro Javier Fernández souligne que le Venezuela traverse une crise humanitaire complexe, aggravée par le tremblement de terre. Une enquête nationale sur les hôpitaux révèle que 74 % d’entre eux font face à une pénurie de fournitures. Environ 46 % des hôpitaux demandent aux patients de payer des coûts supplémentaires pour leurs soins.
Seize pays ont annoncé l’envoi d’équipes de secours, alors que près de 7 millions de personnes pourraient être touchées par les séismes, selon l’ONU. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a lancé un appel de fonds d’urgence de 61 millions de dollars pour le Venezuela. Le 26 juin, 17 tonnes de fournitures humanitaires ont été envoyées depuis le Panama.
Delcy Rodríguez a déclaré avoir discuté avec Donald Trump et le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui ont réaffirmé leur engagement à envoyer de l’aide humanitaire. Pendant ce temps, la diaspora vénézuélienne, notamment à Miami, s’organise pour soutenir les familles touchées.
Source : El País, BBC Mundo, El Nacional, AFP