Loi d'urgence agricole : pourquoi la probable réautorisation de l'acétamipride, pesticide interdit en France, divise agriculteurs et scientifiques

Loi d’urgence agricole : la réautorisation de l’acétamipride divise agriculteurs et scientifiques

Publié le 29/06/2026 06:19 | Mis à jour le 29/06/2026 06:29

L’examen de la loi d’urgence agricole au Sénat ce 29 juin soulève des tensions, notamment autour de la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2016. L’amendement proposé par le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) vise à autoriser son utilisation à titre dérogatoire, suscitant des réactions contrastées.

D’un côté, des agriculteurs, en particulier ceux de la filière betteravière, soutiennent que le retour de l’acétamipride pourrait leur permettre de lutter efficacement contre les pucerons, vecteurs de la maladie de la jaunisse, qui impacte gravement leurs cultures. Les betteraviers français, qui ont produit environ 4,5 millions de tonnes de sucre en 2025, estiment que ce pesticide est crucial pour maintenir leur compétitivité face à des concurrents européens comme l’Allemagne et la Pologne, où il est encore utilisé.

Franck Sander, président de la confédération générale des planteurs de betteraves, souligne que l’absence de l’acétamipride met en péril la récolte et les emplois dans le secteur, estimant que plus de 70 000 emplois dépendent de cette filière.

Cependant, cette position est loin de faire l’unanimité. Des médecins et des scientifiques, tels que Jean-Marc Bonmatin, chimiste et toxicologue au CNRS, mettent en avant les dangers de ce pesticide, souvent qualifié de « tueur d’abeilles ». Ils alertent sur les risques pour la santé publique et l’environnement, insistant sur le fait que l’acétamipride a des effets prouvés sur la biodiversité et pourrait avoir des conséquences graves sur la santé humaine.

Pierre-Michel Périnaud, coprésident de l’association Alerte médicale sur les pesticides, a également exprimé son inquiétude, évoquant la capacité de l’acétamipride à franchir les barrières biologiques et son statut de perturbateur endocrinien. Même le Conseil national de l’ordre des médecins a pris position contre sa réintroduction.

Le débat autour de l’acétamipride met ainsi en lumière un conflit entre les impératifs économiques des agriculteurs et les préoccupations de santé publique, illustrant les défis auxquels la France est confrontée dans sa politique agricole et environnementale.

Source : Franceinfo

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