Le James Webb découvre le plus vieux trou noir endormi jamais observé
Une équipe internationale dirigée par Andrew Newman, de la Carnegie Science, a mesuré pour la première fois la masse d’un trou noir éteint situé à plus de 10 milliards d’années-lumière, selon des travaux publiés le 4 juin 2026 dans la revue Science. Ce trou noir, situé au cœur de la galaxie MRG-M0138, pèse environ six milliards de fois la masse du Soleil et remonte à une époque où l’univers était encore jeune.
Un trou noir endormi à dix milliards d’années-lumière
Le trou noir en question se cache dans la galaxie MRG-M0138, observée telle qu’elle était lorsque l’univers avait seulement 3 milliards d’années, soit moins d’un quart de son âge actuel. Sa détection établit un nouveau record de distance pour un trou noir endormi, surpassant le précédent record de quinze fois.
Jusqu’à présent, les astronomes avaient identifié seulement quelques trous noirs dormants aussi massifs, tous bien plus proches de la Terre. La découverte de celui-ci offre une perspective unique sur les premiers âges du cosmos, à une époque où les galaxies et leurs trous noirs se développaient simultanément.
Peser l’invisible en suivant la valse des étoiles
Étant donné qu’il ne capte aucune lumière, ce trou noir n’émet pas de rayonnement, contrairement aux quasars, qui sont des trous noirs actifs. Pour le localiser, l’équipe a utilisé le télescope James Webb pour observer le mouvement des étoiles autour du centre galactique. Les étoiles proches du trou noir se déplacent plus rapidement, révélant ainsi la masse cachée.
Cette méthode, connue sous le nom de dynamique stellaire, a été utilisée jusqu’à présent pour des galaxies beaucoup plus proches, la plus éloignée étant située à environ 700 millions d’années-lumière. L’application de cette technique à une distance dix fois plus grande constitue une avancée significative.
Une loupe cosmique pour remonter aux origines
L’observation des étoiles à cette distance aurait été impossible sans l’aide d’une galaxie située entre la Terre et MRG-M0138, qui a courbé et concentré sa lumière, augmentant ainsi son image de trente fois. Sans cette amplification, les données auraient été trop faibles pour fournir des informations significatives.
La galaxie hôte ne produit plus d’étoiles, ce qui indique qu’un quasar brillant a probablement été présent dans le passé. En grandissant rapidement, le trou noir aurait dispersé le gaz nécessaire à la formation de nouvelles étoiles, entraînant l’extinction progressive de sa galaxie.
Les observations de galaxies proches montrent une corrélation entre la masse d’une galaxie et celle de son trou noir central. Cependant, il manque des données anciennes pour comprendre comment cette relation s’est formée. Les astronomes prévoient d’appliquer cette méthode à d’autres galaxies primitives et de surveiller le réveil de ces géants lorsque de la matière nouvelle commencera à les alimenter.
Source : Science (4 juin 2026)
