Quarante ans après Tchernobyl, un bilan sanitaire toujours incertain : « La controverse est sans fin »
Le 26 avril 1986, à 1 h 23 du matin, une déflagration retentit dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, suite à un test de sécurité mal contrôlé. L’explosion du réacteur n°4 libère des quantités massives de matières radioactives dans l’atmosphère, équivalentes à plusieurs dizaines de bombes d’Hiroshima. Le panache radioactif dérive vers le nord-ouest, touchant une grande partie de l’Europe, dont la France, où il arrive le 30 avril.
Quarante ans plus tard, la question du bilan sanitaire de cet accident reste ouverte. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a déclaré en 2016 qu’il était impossible de dresser un bilan exhaustif. Les raisons incluent la rétention d’informations de l’URSS, le manque d’études de suivi, et la difficulté à établir un lien entre les maladies et l’exposition aux radiations.
Le cancer de la thyroïde : le seul effet démontré à grande échelle
Parmi les effets les moins controversés, on trouve les cancers de la thyroïde chez les enfants, liés à l’iode 131 expulsé par le réacteur. Entre 1991 et 2015, environ 20 000 cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués dans les zones les plus contaminées, dont environ 5 000 cas seraient directement attribuables aux retombées radioactives. Ces cancers sont majoritairement de type papillaire, généralement peu mortels.
Un bilan total difficile à établir
Si le lien entre Tchernobyl et les cancers thyroïdiens est reconnu, l’impact global sur d’autres maladies reste incertain. Les obstacles sont à la fois biologiques et statistiques. Il n’existe pas de marqueur permettant de distinguer un cancer causé par des radiations d’un cancer spontané. De plus, les cancers sont fréquents dans la population générale, rendant difficile la détection d’un signal additionnel.
Des chiffres qui divergent
Les estimations sur le nombre de décès varient considérablement. Le « Forum Tchernobyl » de l’ONU a évalué jusqu’à 4 000 décès, révisés à 9 000 par l’OMS. En revanche, Greenpeace a avancé des chiffres allant de 93 000 à 200 000 morts, tandis qu’un rapport d’un académicien russe a estimé jusqu’à 985 000 décès, ce qui a été rejeté par la communauté scientifique.
Une étude publiée en 2006 dans l’International Journal of Cancer estime qu’environ 41 000 cas de cancer pourraient survenir en Europe d’ici 2065 en lien avec Tchernobyl, représentant environ 0,01 % des cancers attendus sur cette période.
Et en France ?
La France a été exposée à des doses environ cent fois inférieures à celles de la Biélorussie ou de l’Ukraine. Malgré cela, aucune me de protection n’a été mise en place à l’époque. Les conséquences sanitaires en France semblent limitées, avec une dose de radiation à la thyroïde estimée à 7 millisieverts pour les enfants dans l’Est, bien en dessous du seuil de 50 millisieverts.
L’impact sanitaire de Tchernobyl demeure donc une estimation, avec des chiffres évoquant une cinquantaine de morts directes, environ 5 000 cancers thyroïdiens chez les enfants, et probablement 16 000 décès par cancer en Europe d’ici 2065, sans évaluation des pathologies cardiovasculaires.
Source : L’Express
