Maroc: face à la loi française contre le démarchage, les travailleurs des centres d’appels dans l'inquiétude - Afrique économie

Maroc : Face à la loi française contre le démarchage, les travailleurs des centres d’appels dans l’inquiétude

C’est une échéance redoutée par les travailleurs des centres d’appels au Maroc. En août, la France mettra en œuvre une loi interdisant le démarchage téléphonique sans consentement. Ce changement majeur impacte un marché représentant 80 % du chiffre d’affaires des entreprises marocaines. Selon les autorités marocaines, jusqu’à 50 000 emplois pourraient être menacés, touchant particulièrement de nombreux postes occupés par des étrangers d’Afrique subsaharienne.

Lamine, un Sénégalais travaillant dans ce secteur depuis trois ans, se sent directement concerné par cette réforme. « Je fais du démarchage téléphonique. Je fais l’émission, c’est-à-dire appeler les clients, leur proposer des services. Aujourd’hui, on se sent menacés », explique-t-il. Les centres d’appels ont été jusqu’à présent une opportunité d’emploi attrayante pour des jeunes comme lui. « Quand on arrive au Maroc avec des diplômes, on se rue sur les centres d’appels, car il y en a plusieurs ici. Avec les salaires que nous percevons, nous pouvons subvenir à de nombreux besoins, ce qui n’était pas possible au Sénégal », ajoute Lamine.

Mamadou, un autre employé des centres d’appels, partage son inquiétude : « Nous, on s’attend au pire. Je ne connais que ce domaine-là pratiquement. Ça me permet de joindre les deux bouts et de réaliser pas mal de choses au Sénégal. » Bien que le démarchage téléphonique ne disparaisse pas complètement, la direction des centres d’appels évoque des alternatives possibles, comme le rappel de clients ayant manifesté un intérêt pour des offres.

Avec la complexification du démarchage téléphonique, les employés, souvent rémunérés avec des primes sur objectif, risquent de voir une partie de leur salaire diminuer.

Du côté des employeurs, les grands groupes minimisent l’impact de cette loi. La fédération marocaine de l’externalisation des services indique que le démarchage téléphonique pur ne représente plus que 15 % à 20 % de l’activité totale. Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels, souligne que la majorité des centres sont des petites ou moyennes structures, représentant plus de 60 % du secteur. Pour ces entreprises, le choc s’annonce sévère.

Saoud appelle le gouvernement à agir pour éviter une crise sociale, en impliquant les acteurs socio-économiques dans la gestion des emplois et des carrières, ainsi que dans la reconversion professionnelle. Bien que le gouvernement affirme travailler sur un plan d’action, Saoud critique l’impréparation des autorités face à cette menace persistante, souhaitant également une coopération avec des partenaires français pour trouver des solutions.

Source : RFI

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