Détroit d'Ormuz : l'ONU évacue plus de 2 500 marins avant de suspendre son opération

Détroit d’Ormuz : l’ONU évacue plus de 2 500 marins avant de suspendre son opération

Le premier test du rapprochement entre Washington et Téhéran n’aura duré que trois jours. L’opération coordonnée par l’Organisation maritime internationale (OMI), lancée en début de semaine pour évacuer environ 11 000 marins immobilisés depuis plus de trois mois dans le golfe Persique, a été suspendue jeudi après qu’un porte-conteneurs a été touché alors qu’il franchissait le détroit d’Ormuz.

Avant cet arrêt, 115 navires transportant environ 2 500 membres d’équipage avaient quitté le Golfe, a annoncé vendredi Arsenio Dominguez, chef de l’agence maritime des Nations Unies. Ce bilan constitue le premier chiffre officiel de cette évacuation exceptionnelle, mise en place suite à l’accord de paix conclu la semaine dernière entre les États-Unis et l’Iran. Le navire touché, l’Ever Lovely, ne participait pas à l’opération de l’OMI.

« Nous cherchons toujours à établir précisément ce qui est arrivé à ce navire », a déclaré M. Dominguez lors d’une conférence de presse. « Je peux vous confirmer qu’il n’avait pas contacté les autorités omanaises pour effectuer son transit dans le cadre de l’évacuation. »

Un accord de paix confronté à la réalité

L’incident met en lumière une zone d’ombre du mémorandum d’entente signé la semaine dernière entre Washington et Téhéran. Le texte prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement près de 20 % du pétrole mondial, mais ne clarifie pas qui est habilité à organiser et sécuriser le trafic maritime dans cette voie d’eau.

Actuellement, deux itinéraires distincts coexistent : l’Iran exige que les navires empruntent des routes qu’il autorise au nord du détroit, tandis qu’Oman, soutenu par les États-Unis et l’OMI, coordonne un second couloir longeant les côtes sud omanaises. Les autorités iraniennes ont réaffirmé leur droit de réglementer la circulation dans le détroit.

M. Dominguez a souligné que l’urgence est de restaurer des garanties minimales de sécurité pour les navires et les marins, afin d’éviter de nouvelles attaques.

Des mines et deux couloirs provisoires

La crise est aggravée par la contamination des voies maritimes centrales par des mines navales, rendant impossible l’utilisation du dispositif international de séparation du trafic, en vigueur depuis 1968. Les navires naviguent donc dans deux couloirs temporaires négociés entre les parties.

Malgré la suspension des évacuations, le trafic maritime n’est pas totalement interrompu. Selon des chiffres provisoires, quatre navires ont emprunté le couloir septentrional et onze autres la route méridionale vendredi.

« Les marins ont le sentiment d’être oubliés »

Au-delà des enjeux géopolitiques, l’OMI rappelle que la crise est d’abord humaine. Au moins 14 marins ont été tués depuis le début du conflit et plus de 40 navires marchands ont été attaqués. Les membres d’équipage bloqués depuis plus de trois mois dépendent de ravitaillements extérieurs pour le carburant, la nourriture et les médicaments.

« Les marins ont le sentiment d’être oubliés », a déclaré M. Dominguez. « Ils entendent parler des conséquences de ce conflit pour les États et l’économie mondiale, mais moins des marins innocents. »

L’attaque de jeudi rappelle que, malgré l’accord conclu entre Washington et Téhéran, la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz nécessite encore des efforts significatifs pour être rétablie.

Source : ONU

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