« Il y a de moins en moins de producteurs parce qu’il n’y a personne qui reprend derrière » : emblème de la plaine du Var, la fraise de Carros menacée de disparition

La fraise de Carros face à la menace de disparition

Il fut un temps où la plaine de Carros était le symbole vibrant de la culture de la fraise, s’étendant sur une cinquantaine d’hectares dans les années 1990. Aujourd’hui, la réalité est bien différente : les serres et les champs ont largement cédé la place au béton et aux casses automobiles.

Le bassin de production actuel, qui englobe Carros, Gattières, Saint-Jeannet, La Gaude et Le Broc, ne compte plus qu’environ 8 hectares. Actuellement, seuls deux exploitants se consacrent à la culture de la fraise en monoculture, soutenus par une quinzaine de maraîchers diversifiés.

L’avenir de cette production s’assombrit. Selon Serge Graverol, sous-directeur de la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, « au rythme où l’on va, d’ici 10 ans, s’il n’y a pas de renouvellement, on aura perdu la moitié des maraîchers ». Lætitia Bernabéi, productrice au sein de l’entreprise Ferraro-Bernabéi, confirme cette tendance : « Il y a de moins en moins de producteurs parce qu’il n’y a personne qui reprend derrière. C’est un métier extrêmement compliqué. »

La situation est exacerbée par une concurrence étrangère accrue. La fraise de Carros se vend entre 12 et 18 euros le kilo, tandis que les fruits importés d’Espagne coûtent seulement entre 4 et 6 euros. Ce fossé tarifaire s’explique par le coût de la main-d’œuvre et les différences réglementaires. « En Espagne, ils traitent à outrance avec des produits qui sont totalement interdits en France », déplore Lætitia Bernabéi.

La pression foncière constitue également un obstacle. De nombreux propriétaires préfèrent attendre un éventuel déclassement de leurs terrains plutôt que de les louer à des agriculteurs.

Pour redonner de la valeur à la fraise de Carros, une solution envisagée est la création d’une appellation d’origine protégée (AOP) ou d’une indication géographique protégée (IGP). Actuellement, n’importe qui peut vendre légalement des fraises de Carros, sans lien avec leur provenance. « Si on veut protéger le nom fraise de Carros, il faut passer par une appellation d’origine », souligne Ignacio Ruiz, conseiller maraîcher à la chambre d’agriculture.

Les collectivités, notamment le Département, commencent à racheter des terrains pour les louer à de jeunes agriculteurs, une initiative jugée cruciale par Serge Graverol. Il souligne l’urgence d’agir pour préserver le patrimoine agricole local, sans quoi le doux parfum des fraises de Carros pourrait devenir un souvenir lointain d’ici une dizaine d’années.

En somme, la fraise de Carros, autrefois emblématique de la région, se trouve à un tournant critique. La combinaison de la pression foncière, de la concurrence étrangère et du manque de relève pourrait bien sceller son sort.

Source : Nice-Matin

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