Un week-end à Bilbao : Jasper Johns dans la nuit des signes
Le musée Guggenheim de Bilbao présente cet été une rétrospective dédiée à Jasper Johns, figure emblématique de l’art contemporain. L’exposition, intitulée Night Driver, retrace sept décennies de création, mettant en lumière l’intimité et la mélancolie de l’artiste. À 96 ans, Johns considère ce dessin réalisé en 1960 comme sa première œuvre fondée sur une émotion personnelle. Le commissaire de l’exposition, Enrique Juncosa, souhaite démontrer que derrière les motifs emblématiques de l’artiste, tels que les drapeaux et les cibles, se cache une œuvre riche en mémoire et en introspection.
Les premières salles de l’exposition présentent des œuvres marquantes comme Flag on Orange Field (1957) et Target (1961), qui rompent avec l’expressionnisme abstrait dominant de l’époque. En choisissant des signes familiers, Johns pose la question de la perception : que regardons-nous réellement ? Cette ambiguïté a ouvert la voie au pop art, et l’artiste a été au cœur d’un réseau artistique influent à New York dans les années 1950, interagissant avec Robert Rauschenberg, John Cage et Merce Cunningham.
Le Guggenheim explore également les œuvres ultérieures de Johns, où les compositions deviennent plus complexes et chargées d’émotions. Les références à d’autres artistes, comme Munch et Picasso, enrichissent son travail, tandis que ses séries des années 1990, notamment celles sur les saisons, intègrent des éléments autobiographiques.
L’exposition accorde une attention particulière aux dessins et estampes, souvent négligés au profit des grands formats. Le livre d’artiste Foirades/Fizzles (1976), réalisé avec Samuel Beckett, illustre cette économie de moyens où chaque élément est sujet à interprétation.
Cette rétrospective permet de redécouvrir la richesse de l’œuvre de Jasper Johns, révélant des thèmes de mémoire et d’introspection au travers d’une carrière qui continue de marquer l’histoire de l’art.
Source : L’Express
