La généalogie des contes de fées : une quête épique
Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 11 août 2025, et republié le 26 juin 2026.
Il était une fois un héros fort et séduisant qui avait perdu un de ses parents, ou les deux. Puis il surmontait une série d’obstacles et affrontait un monstre qui terrorisait sa communauté. Le héros vainquait le monstre et était fêté dignement. Si cette histoire a quelque chose de familier, c’est parce qu’elle décrit la voie empruntée par Superman, Harry Potter, Luke Skywalker et d’innombrables héros de fiction depuis des siècles.
L’étude des contes de fées connaît une renaissance, alors que linguistes, psychologues et spécialistes de l’évolution culturelle explorent le sujet sous l’angle évolutionnaire à l’aide de grandes bases de données sur les mythes et les légendes populaires, ainsi que de puissants algorithmes. Cette recherche vise à répondre à des interrogations fondamentales sur ce qui constitue une bonne histoire et pourquoi certaines résistent mieux au temps que d’autres.
Les chercheurs s’interrogent également sur l’origine des contes et leur évolution à travers les âges. Contrairement aux frères Grimm et à d’autres anciens collecteurs de contes, les analystes modernes n’ont pas besoin de s’éloigner de leurs écrans d’ordinateur pour retracer l’apparition et l’évolution des histoires. Timothy Tangherlini, folkloriste et ethnographe à l’université de Californie à Berkeley, souligne que « les réseaux sociaux constituent presque une expérience naturelle dans le domaine du conte ».
L’étude des mythes a longtemps été perçue comme un moyen de prouver l’évolution des sociétés. L’adoption d’une perspective évolutionnaire fondée sur les données représente une avancée, car elle propose une nouvelle vision des raisons qui nous poussent à raconter des histoires. Une hypothèse suggère que les contes seraient apparus comme un système de gestion des données, permettant de transmettre des informations mémorisables, essentielles à la survie.
Les chercheurs comme Michelle Scalise Sugiyama, anthropologue à l’université de l’Oregon, notent que les histoires des chasseurs-cueilleurs traitent souvent de la faune et du climat locaux, car elles sont appropriées et utiles sur le plan écologique. De plus, le conte est souvent un moyen de créer un consensus autour des valeurs d’un groupe, comme le suggère Adrian Bangerter, psychologue à l’université de Neuchâtel.
L’intrigue sympathique, un concept développé par l’anthropologue Manvir Singh, est également essentielle. Elle implique un protagoniste aux tendances prosociales confronté à un obstacle, dont le dépassement engendre une joie collective. Ce type d’intrigue est omniprésent dans les cultures humaines.
Les chercheurs ne s’accordent cependant pas sur le nombre d’intrigues fondamentales. La classification Aarne-Thompson-Uther (ATU), qui date de 1910, est l’une des plus connues, mais elle est fragmentaire et eurocentrique. Des études récentes ont montré que certains récits populaires peuvent avoir une stabilité remarquable, reliant des histoires à des langues indo-européennes, comme le démontre le travail de Jamie Tehrani et ses collègues, qui ont analysé 100 contes de fées.
L’approche évolutionnaire culturelle du conte suscite des débats. Certains chercheurs, comme Tangherlini, restent sceptiques quant à l’idée que certaines histoires aient été partagées pour la première fois il y a plus de cinquante mille ans.
En conclusion, les thèmes des récits continuent d’évoluer, tout en restant ancrés dans l’expérience humaine. Les histoires parlent toujours de notre environnement et de la psychologie humaine, et elles continuent d’influencer notre comportement dans le monde réel.
Source : Courrier International
