Les modèles d’IA ne sont plus des jouets
L’intelligence artificielle générative agentique entre dans une nouvelle phase, marquée par la nécessité pour les entreprises d’industrialiser ses usages. Après une période de démonstrations et de chatbots, les sociétés doivent désormais contrôler leurs coûts, sécuriser leurs données et préserver leur autonomie face aux modèles non européens. Pour discuter de ces enjeux de souveraineté, de RAG (retrieval-augmented generation), de gouvernance documentaire et d’IA d’entreprise, Igor Carron, cofondateur et PDG de LightOn, a été interrogé.
Fondée en 2016, LightOn est d’abord reconnue dans le domaine de la deep tech pour ses travaux sur le calcul photonique. En 2021, l’entreprise a pivoté vers les grands modèles de langage, développant des modèles tels que la famille Alfred et une plateforme d’IA générative d’entreprise nommée Paradigm. Cette plateforme est conçue pour permettre une utilisation maîtrisée de l’IA agentique au sein des organisations.
LightOn se distingue par son approche axée sur l’industrialisation de briques critiques, plutôt que sur la simple compétition pour les modèles les plus performants. Ses produits, comme LightOn Console, s’adressent aux développeurs avec des API pour exploiter les contenus d’entreprise, tandis que LightOn Enterprise et Paradigm offrent des solutions plus complètes, en déploiement on-premise, cloud souverain, hybride ou en marque blanche. Depuis son introduction en Bourse sur Euronext Growth fin 2024, l’entreprise vise à aider les entreprises européennes à intégrer l’IA sans compromettre le contrôle de leurs données.
Igor Carron souligne que l’IA est désormais un actif stratégique, soumis à des décisions politiques. Il met en garde contre le fait que « du jour au lendemain, une majorité de ces modèles peuvent être contrôlés par une entité en dehors de l’Europe ». L’épisode du « kill switch » américain illustre cette réalité, où l’accès à un modèle peut être suspendu ou filtré.
Carron anticipe un point d’inflexion vers la fin de 2025, lorsque les développeurs réaliseront que les modèles ne sont plus « des jouets ». L’augmentation de la demande en GPU et la montée des coûts des tokens dessinent un marché moins prévisible. LightOn identifie une nouvelle contrainte économique : l’IA d’entreprise devra être à la fois performante et maîtrisée.
Dans ce contexte, LightOn repositionne sa valeur autour du RAG, une composante essentielle pour permettre aux modèles de langage de dialoguer avec les documents d’entreprise. Carron note que le marché a longtemps laissé chaque équipe « réinventer la roue », et que le défi n’est plus seulement algorithmique, mais aussi industriel.
Les cas d’usage sont concrets, notamment dans le secteur public, où il est crucial de fournir des réponses uniformes basées sur des « sources de vérité ». Dans le secteur privé, l’objectif est de réduire le temps consacré à la recherche d’informations et à la gestion de documents. Carron affirme que 90 % des réponses aux appels d’offres consistent à retrouver et adapter des éléments déjà produits, soulignant ainsi l’importance d’un RAG robuste.
LightOn s’efforce également de diminuer la dépendance aux GPU, en développant des solutions qui fonctionnent sur CPU. Cela pourrait réduire la pression sur les cartes graphiques et les coûts associés, tout en permettant plus de déploiements sur des infrastructures existantes.
Face à Mistral, LightOn adopte une stratégie plus B2B et infrastructurelle, tout en insistant sur l’importance pour les entreprises européennes d’adopter rapidement ces technologies pour rester compétitives. Carron avertit que sans cette adoption, elles pourraient faire face à une nouvelle forme de dépendance.
Source : InformatiqueNews