Pourquoi l’armée française reste dépendante des technologies américaines
L’armée française continue de s’appuyer sur des technologies américaines, malgré sa volonté affichée de souveraineté numérique. Cette dépendance soulève des questions sur l’autonomie stratégique de la France.
En 2021, Capgemini et Orange ont créé une coentreprise nommée Bleu, visant à héberger les technologies Microsoft 365 et Azure sur une infrastructure française. Cette initiative a pour but de garantir que ces services soient gérés uniquement par du personnel français, isolés des centres de données internationaux de Microsoft. En avril 2025, Bleu a atteint le jalon J0 de la qualification ANSSI, suivi du jalon J1 en novembre 2025. La qualification complète était initialement prévue pour le premier semestre 2026, mais n’a pas encore été obtenue.
S3NS, une coentreprise entre Thales et Google Cloud, a obtenu plus rapidement la qualification SecNumCloud 3.2 complète en décembre 2025, devenant ainsi la première offre à couvrir les couches IaaS, PaaS et CaaS. Dassault Aviation a choisi Bleu pour ses outils collaboratifs, en attendant la qualification finale.
Cette situation met en lumière la question de la souveraineté numérique. Le Sénat s’interroge sur l’extraterritorialité des services cloud, en se demandant si des solutions hybrides basées sur des technologies américaines peuvent réellement garantir l’autonomie de la France. Nicolas Guérin, secrétaire général d’Orange, soutient que ces offres hybrides ne présentent aucun risque pour l’autonomie stratégique. Cependant, Guillaume Poupard, ancien directeur de l’ANSSI, met en garde contre les conséquences d’une coupure d’accès aux technologies américaines, évoquant un effondrement rapide des systèmes hybrides.
Vincent Strubel, directeur de l’ANSSI, souligne qu’aucun cloud 100 % français n’existe sans des logiciels américains. Il précise que le rôle de SecNumCloud est de protéger les données et d’asr la continuité du service, plutôt que d’éliminer toute dépendance technologique.
Cette dépendance continue des technologies américaines pose des défis pour la souveraineté numérique de la France et soulève des interrogations sur la résilience de ses infrastructures critiques.
Source : Capgemini, Orange, ANSSI, Sénat
