Les sans-abri cherchent désespérément de l’ombre face aux températures extrêmes en région PACA
La canicule exceptionnelle qui frappe la France cet été transforme la rue en fournaise mortelle pour les plus précaires, causant déjà le décès de deux sans-abri ce mercredi. À Marseille et sur l’ensemble de la Côte d’Azur, les personnes sans domicile fixe tentent de survivre aux températures extrêmes en traquant les zones d’ombre, tandis que les associations exigent le déclenchement immédiat d’un plan d’urgence estival.
Sous le soleil implacable de Marseille, le bitume brûlant ne laisse aucun répit. La chaleur écrase la cité phocéenne, transformant le quotidien des plus précaires en une quête vitale pour quelques degrés de moins. Valentin, un trentenaire vivant dans la rue sous pseudonyme, redoute particulièrement cette période. Ce Breton d’origine, Marseillais d’adoption, parvient toujours à faire un feu de camp en s’écartant du centre-ville lors des mois d’hiver, mais l’été se révèle bien plus hostile.
La sensation d’étouffement est permanente. Face à la mor du soleil, il dresse un constat implacable : « quand il fait chaud, même te mettre de l’eau dessus, ça ne te refroidit plus. »
Pour survivre, le jeune homme cherche la moindre place à l’abri du soleil pour lui, ses trois compagnons d’infortune et ses chiens. Cette pause forcée dure « jusqu’à ce que les flics arrivent et nous demandent de partir ». La journée se résume à une immobilité totale imposée par le climat. « Tu ne fais rien, tu attends juste que le soir arrive pour pouvoir vivre, balader les chiens », témoigne Valentin. Son hydratation et sa toilette dépendent exclusivement des fontaines publiques qui quadrillent La Canebière et le Vieux-Port. Des équipes d’aide sillonnent heureusement la ville pour apporter un soutien matériel : « Des maraudes passent et nous donnent du savon. »
Plus loin dans la métropole, Bastien, 42 ans, alterne entre l’hôtel et la rue depuis trois mois. Il fréquente le pôle hygiène mis en place par la commune ou les installations balnéaires. Il ne s’approche de la mer « que le soir, car il fait trop chaud la journée. »
Ces températures extrêmes tuent directement sur l’asphalte. Le parquet de Pontoise a confirmé la découverte de deux SDF décédés mercredi dans les rues d’Argenteuil, dans le Val-d’Oise. Le bilan national recensé par le Collectif les Morts de la Rue s’alourdit rapidement, avec 960 décès comptabilisés en 2025 et déjà 228 depuis le mois de janvier 2026. La présidente de l’association, Bérangère Grisoni, alerte sur le profil des victimes : « Ces personnes, de plus en plus de jeunes et de femmes, n’ont pas de toit toute l’année et sont en première ligne. »
Le directeur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur de la Fondation pour le logement des défavorisés, Francis Vernède, s’insurge contre l’injonction des autorités incitant la population à rester à l’abri. « Il n’y a pas de chez-soi pour ces personnes-là. Elles subissent donc des 35-40 degrés pendant des heures et des heures, et c’est dramatique. »
Sur le terrain, les travailleurs sociaux s’adaptent à l’urgence sanitaire. Ils proposent de l’eau fraîche et du sirop afin de « donner plus envie de boire » aux personnes fragilisées, et n’hésitent pas à contacter les pompiers lors de situations critiques. La Fondation pour le logement des défavorisés exige désormais l’ouverture de sites d’hébergement d’urgence durant les nuits caniculaires, à travers des protocoles strictement calqués sur la saison hivernale.
Sur le plan politique, le député LFI Paul Vannier a déposé vendredi une proposition de loi. Son texte imposerait une trêve interdisant les expulsions locatives du 1er juin au 30 septembre et rendrait obligatoire l’ouverture de lits supplémentaires dès le déclenchement de la vigilance orange.
Pour les personnes à la rue, l’économie de la survie est par ailleurs paralysée par la météo. Bastien s’installe près d’un supermarché pour faire « un peu la manche pour manger », mais les passants, écrasés par la température, « sont un peu plus dans leur bulle ».
Source : Nice-Presse avec dépêche