Dans le Mississippi, des Afrikaners mieux payés que les travailleurs noirs
La ferme Carr Farms, située à Schlater, dans le comté de Leflore au Mississippi, se retrouve au cœur d’une controverse concernant des allégations de discrimination raciale. En mai 2025, cinq travailleurs noirs américains, Michael Anthony Nash, Jimmy Shaw, Vinnie Cason, Grant Lewis et Charleston Taurvonta Harris, ont porté plainte contre leur employeur, Gregory Carr. Ils l’accusent de « discrimination raciale fondée sur la citoyenneté et de vol de salaires », en faveur d’Afrikaners employés grâce au visa de travail H-2A.
Historiquement, le travail agricole au Mississippi a été effectué par des « familles noires profondément enracinées » dans l’État. Cependant, l’arrivée d’ouvriers agricoles blancs d’Afrique du Sud, munis de visas H-2A, a bouleversé ce paysage au cours des deux dernières décennies. Ce changement a suscité des inquiétudes quant à l’utilisation de ces visas par les employeurs.
Relents de racisme
Le Mississippi Centre for Justice (MCJ), une organisation à but non lucratif, s’est saisi de l’affaire Carr. Depuis 2003, le MCJ a intenté plusieurs actions en justice au nom des travailleurs agricoles noirs du Mississippi. L’État porte un lourd héritage d’esclavage et de discrimination raciale, qui a laissé de nombreuses familles noires piégées dans un cycle de pauvreté.
Les documents judiciaires révèlent que les travailleurs américains étaient rémunérés à un taux constant de 10 dollars de l’heure, tandis que les salaires des travailleurs H-2A, en l’occurrence des Afrikaners, augmentaient chaque année. Carr est également accusé d’avoir classé à tort des citoyens américains noirs comme « entrepreneurs indépendants » pour éviter les cotisations et impôts.
Obsession trumpienne
Cette situation n’est pas isolée. D’autres cas similaires ont été rapportés, notamment une action en justice en 2021 contre la ferme Nelson-King Farms, qui a confirmé que les Sud-Africains blancs étaient mieux payés. Le nombre de titulaires de visas H-2A a connu une augmentation significative aux États-Unis, en particulier parmi les travailleurs sud-africains.
Pour les employeurs du Mississippi, les Afrikaners représentent une main-d’œuvre attrayante, car ils sont souvent prêts à travailler sans relâche. Les salaires qu’ils perçoivent dans le Mississippi peuvent être au moins quatre fois supérieurs à ceux de leur pays d’origine.
L’obsession de certains acteurs politiques, comme Donald Trump, pour les allégations de génocide contre les agriculteurs blancs en Afrique du Sud a également contribué à cette dynamique, favorisant l’attribution de visas de travail aux Afrikaners, tandis que l’accès aux États-Unis reste restreint pour d’autres réfugiés.
Source : Daily Maverick, The New York Times, News 24, The New Yorker.
