Eramet vacille, les rapaces tournent : le manganèse gabonais vaut-il plus que le Gabon ne croit ?
Un créateur de contenu gabonais, établi en France, a récemment mis en lumière la situation précaire d’Eramet, un acteur clé dans l’exploitation du manganèse au Gabon. Selon lui, « sans le manganèse gabonais, Eramet se retrouverait dans la difficulté ». Cette déclaration fait écho à des informations alarmantes : le groupe a enregistré une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, contrastant avec un bénéfice de 14 millions d’euros l’année précédente. De plus, le PDG Paulo Castellari a été révoqué moins de dix mois après sa nomination. Eramet doit maintenant lever 500 millions d’euros, soit environ 328 milliards de FCFA, pour faire face à un endettement net qui pourrait atteindre 1,9 milliard d’euros.
Dans ce contexte, la bataille pour l’accès aux ressources gabonaises s’intensifie. Les États-Unis et les Émirats Arabes Unis manifestent un intérêt croissant. SW Decrypte souligne que « ce qui intéresse Washington et Abou Dhabi, ce n’est pas Eramet en lui-même, c’est l’accès aux minerais gabonais ». La famille Duval, qui détient 37 % du capital d’Eramet, envisage de céder ses parts, ouvrant ainsi la porte à des acteurs comme Orion CMC, soutenu par l’agence fédérale américaine DFC et le fonds souverain ADQ d’Abou Dhabi.
Le manganèse de Moanda, jusqu’ici considéré comme une simple ressource d’exportation, est désormais perçu comme un actif géostratégique. Le Gabon, qui détient plus de 29 % du capital de Comilog, pourrait jouer un rôle crucial dans cette dynamique. Cependant, pour transformer cette position en stratégie efficace, le gouvernement gabonais doit naviguer habilement entre les intérêts étrangers et ses propres ambitions.
Oligui Nguema, le président gabonais, a fixé un objectif d’ici 2029 : « Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas ». Toutefois, le pays fait face à un déficit énergétique significatif, rendant difficile la transformation locale du minerai. Eramet, qui transforme actuellement le manganèse à Dunkerque en profitant d’un coût électrique compétitif, pourrait ne pas trouver d’incitation à investir dans une usine déficitaire au Gabon.
Ce dossier sera au cœur des discussions lors de la visite d’État d’Oligui Nguema en France le 20 juillet. Les autorités gabonaises devront manœuvrer avec prudence dans ce contexte complexe, entre les enjeux financiers d’Eramet et les ambitions des puissances étrangères.
Source : Gabonreview.com
