À Kiev, immersion dans les usines secrètes de drones et de missiles
Depuis le début de la guerre contre la Russie, de nombreux Ukrainiens se sont reconvertis dans la production de drones et de missiles, profitant d’un assouplissement des règles pour intensifier la fabrication et la rendre plus agile.
Derrière une façade paisible que les bombardements russes peinent à effacer, Kiev cache une effervescence souterraine : dans de nombreux ateliers cachés aux yeux des habitants, les drones et les missiles qui équipent quotidiennement les soldats ukrainiens sur le front sont produits à la chaîne. Les visites nécessitent la plus grande discrétion. Un habitant de Kiev indique : « Vous voyez ce bâtiment endommagé, là-bas, en face ? Il a été détruit par les Russes. » Situé à proximité du siège social de Fire Point, une start-up de production de drones et de missiles fondée en 2022, cet atelier illustre la menace permanente.
Les Russes tentent d’attaquer les entreprises qui fabriquent du matériel militaire. « En ce moment, ils préparent un coup chaque semaine », précise un habitant. Pour accéder à ces ateliers, des consignes strictes sont appliquées : activation du mode avion des téléphones portables, interdiction de la photographie et de l’enregistrement audio. Ces mes visent à préserver les secrets de fabrication et à protéger les installations.
Fire Point, la star ukrainienne des missiles
Parmi les usines visitées, Fire Point impose les règles les plus strictes. Pour permettre notre venue, l’équipe de sécurité a placé nos téléphones dans des pochettes, fouillé nos sacs, et bandé nos yeux. Pendant le trajet de 20 minutes, les rideaux étaient tirés. Nous avons ainsi pu accéder à l’un des garages de l’immense usine, où sont produits des missiles, notamment le FP-5 Flamingo de 7 mètres de long, capable de frapper des cibles jusqu’à 3000 km, y compris en Russie, à une vitesse maximale de 950 km/h. L’usine produit entre un et trois FP-5 par jour.
Fire Point emploie aujourd’hui 6 000 salariés, un chiffre qui a été multiplié par six en un an. L’entreprise continue de recruter pour honorer des accords de fourniture vers des entreprises européennes et développer des projets futurs, y compris le missile balistique FP-9, prévu pour être testé à la fin de l’année 2026.
Terre, mer, air… Les drones ukrainiens sur tous les fronts
Fire Point produit également des drones, avec une capacité de 5 000 unités par mois, contre seulement 200 par mois en 2023. Ces drones se déclinent en deux modèles : le FP1, avec une autonomie de 16 heures et une portée de 2 600 km, et le FP2, offrant une portée de 500 km et une autonomie de 2,5 heures.
D’autres entreprises en Ukraine se lancent également dans la production de drones, y compris des drones marins et terrestres. Une société fabrique des drones marins de sept mètres, tandis qu’Unex, une start-up fondée en 2023, produit le plus grand drone terrestre au monde, capable de transporter jusqu’à 600 kg.
Des règles de production allégées pour plus d’agilité
L’État ukrainien a assoupli les réglementations pour stimuler le secteur industriel militaire, facilitant ainsi la production. Les ouvriers, souvent en tenue décontractée, travaillent parfois sans les protections nécessaires. La cybersécurité des drones n’est pas toujours une priorité pour certains industriels.
Cet assouplissement permet une production plus rapide et agile, mais complique les négociations avec des entreprises occidentales, plus exigeantes en matière de normes de production militaire. « Les Européens doivent être plus rapides en termes de coopération et de développement », conclut Denys Shtilierman, cofondateur de Fire Point.
Source : JDN
