Climatisation : « Nous rafraîchissons le présent au prix d’un avenir plus brûlant »

Climatisation : « Nous rafraîchissons le présent au prix d’un avenir plus brûlant »

À l’été 1965, le quartier de Watts à Los Angeles connaît des émeutes, qui mettent en évidence les tensions sociales exacerbées par la chaleur. Alvin Weinberg, directeur de la recherche au laboratoire national d’Oak Ridge, propose alors de réallouer des fonds de lutte contre la pauvreté pour climatiser les taudis, affirmant que « la climatisation plus la télévision, c’est un pari quasi gagné ». Ce concept de « technological fix » suggère qu’un dispositif technique peut résoudre des problèmes sociaux, sans s’attaquer aux causes profondes.

Le froid artificiel, question de survie

Aujourd’hui, la climatisation est devenue essentielle, en particulier pour les habitants des mégapoles d’Asie, qui souffrent d’îlots de chaleur urbains. La canicule est désormais considérée comme le risque environnemental le plus meurtrier, surpassant les inondations et les incendies. De plus, la climatisation joue un rôle crucial dans la conservation des aliments et des vaccins.

Une dépendance croissante

La sociologue Elizabeth Shove souligne que le confort est une norme construite, qui s’est resserrée au fil du XXe siècle. La température idéale, autour de 22 °C, est devenue une norme mondiale, ce qui entraîne une augmentation continue de la demande en climatisation. Chaque degré gagné redéfinit le seuil de l’inconfort, rendant les utilisateurs de plus en plus dépendants de ces systèmes.

Impact environnemental

La climatisation représente environ 3 à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En incluant le secteur du froid et les fuites de fluides frigorigènes, ce chiffre approche les 10 %. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande d’électricité pour la climatisation devrait tripler d’ici 2050, passant de 1,8 à 5,6 milliards d’appareils.

Conclusion

L’adaptation à un monde plus chaud semble incompatible avec les efforts de décarbonation. En effet, chaque avancée technologique pour rafraîchir les espaces de vie soulève des questions sur les priorités sociétales. Qui bénéficie réellement de ces systèmes, et à quel prix pour l’avenir de notre planète ?

Source : La Croix

Source