Violences contre les femmes : une misogynie numérique dopée à l’IA
La haine envers les femmes ne se limite plus aux violences physiques ou psychologiques. Elle s’est désormais étendue aux espaces numériques, où elle se propage à travers les réseaux sociaux et les outils d’intelligence artificielle. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), cette nouvelle forme de misogynie constitue une menace majeure pour les droits des femmes.
À l’échelle mondiale, des contenus misogynes ciblent des jeunes hommes en quête de réponses à leurs frustrations, comme le chômage ou l’isolement. Ces facteurs alimentent une rhétorique désignant les femmes comme responsables de leurs difficultés. Awa Dabo, haute responsable au HCDH, a averti que le détournement de la technologie, en particulier de l’IA, pour propager la haine de manière anonyme représente une pente dangereuse.
L’IA au service de la haine
Lors d’un débat au Conseil des droits de l’homme, Mme Dabo a souligné l’évolution rapide de ce phénomène. Près de 99 % des victimes de deepfakes à caractère sexuel générés par intelligence artificielle sont des femmes. Elle a également mentionné une enquête révélant une communauté en ligne où des hommes échangent des conseils pour droguer et violer leurs épouses tout en échappant aux poursuites.
Ces violences numériques ont déjà des répercussions politiques, dissuadant certaines femmes de se présenter aux élections ou de postuler à des postes à responsabilité. Le harcèlement en ligne ne fait pas seulement taire des voix ; il empêche des femmes d’accéder à des rôles publics.
La maison reste le lieu le plus dangereux
Le danger ne se limite pas à l’espace numérique. Pour de nombreuses femmes, le risque commence dès qu’elles franchissent le seuil de leur domicile. Les violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques font du foyer le lieu le plus dangereux pour elles. Près d’une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours de sa vie, une proportion qui n’a pas diminué depuis 20 ans. Plus de 60 % des féminicides sont commis par un partenaire ou un membre de la famille.
Les femmes issues de milieux défavorisés, vivant dans des zones de conflit ou appartenant à des minorités sont particulièrement touchées. Awa Dabo a dénoncé ces violences comme l’une des violations des droits humains les plus répandues et tolérées, ancrées dans des systèmes patriarcaux.
Au-delà des lois, une responsabilité collective
Les Nations Unies insistent sur la nécessité de renforcer les lois contre la violence domestique. Des mes juridiques adéquates peuvent réduire la prévalence de ces violences de près de moitié. Cependant, la réponse doit aller au-delà de la législation. Il est crucial de renforcer les capacités des forces de police et de la justice pour protéger les victimes et poursuivre les auteurs, qu’ils agissent dans la sphère privée ou derrière l’anonymat des écrans.
Les entreprises technologiques doivent également prendre leurs responsabilités face à la diffusion de contenus misogynes. Les récents scandales médiatisés ont mis en lumière l’ampleur des abus subis par les femmes, soulignant le besoin urgent d’une action collective.
Pour les Nations Unies, le danger réside dans le risque que la violence contre les femmes devienne une réalité banale, amplifiée par les technologies et tolérée dans la société.
Source : Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme
