Bouilloires thermiques : « Les lobbies autour de la construction en béton sont considérables », constate un architecte
En France, une très grande majorité des constructions, logements, bureaux ou administrations, sont inadaptées aux fortes chaleurs, bien qu’elles deviennent de plus en plus fréquentes. Pourtant, il existe des solutions pour construire autrement et mieux nous protéger de la chaleur.
Avec des températures record, l’épisode de canicule qui frappe la France est d’une intensité plus importante que ceux de juillet 2019 et août 2003. La chaleur accumulée transforme de nombreux bâtiments en « bouilloires thermiques », une expression désormais entrée dans le langage courant. Philippe Madec, architecte et urbaniste spécialisé dans le développement durable, dénonce « une sorte de paresse en France, une sorte d’inintelligence face aux enjeux climatiques ».
Pour rénover les bâtiments et logements non adaptés aux chaleurs extrêmes, Madec explique que « c’est un travail titanesque mais pas si compliqué ». Il souligne l’importance de commencer par l’isolation, idéalement par l’extérieur, afin d’éviter que les structures ne se gorgent de chaleur. Il préconise également de protéger les fenêtres exposées au soleil avec des persiennes ou des brise-soleil orientables, plutôt que des volets qui ne laissent pas passer l’air.
Bien que ces solutions semblent simples, Madec pointe un manque de volonté, non seulement politique mais aussi des professionnels du secteur, qu’ils soient architectes, ingénieurs ou constructeurs. Il insiste sur l’importance de l’architecture bioclimatique et de la ventilation naturelle, qui sont techniquement accessibles et contribuent à un meilleur bien-être.
« En France, on a tendance à construire toujours les mêmes bâtiments. Du béton, avec des façades en verre sur quatre côtés », déclare Madec. Il ajoute que la construction de bâtiments adaptés aux nouvelles conditions climatiques est essentielle, et que les lobbies autour de la construction en béton exercent une influence considérable sur les choix architecturaux.
Le bio-climatisme est enseigné dans les écoles d’architecture, mais il existe encore des réticences significatives à son adoption. Philippe Madec conclut en affirmant que « les partisans du bio-climatisme ont gagné la bataille des idées, tout le monde sait qu’il faut faire autrement », mais que la mise en œuvre reste un défi face aux intérêts établis.
Source : franceinfo