Le désengagement de l’État fragilise le financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics présentent l’apprentissage comme la solution privilégiée aux difficultés d’insertion professionnelle. Cependant, derrière les chiffres records du nombre d’apprentis, se cache une réalité plus complexe, marquée par des tensions budgétaires croissantes, des inégalités territoriales et un désengagement progressif de l’État.
Force Ouvrière (FO) souligne que l’alternance est une modalité pédagogique pertinente à développer dans la formation initiale et continue. Toutefois, le syndicat s’oppose à la logique du « tout apprentissage », qui transforme un dispositif de formation en un simple outil de politique de l’emploi. La réforme de 2018 a modifié l’équilibre du système, avec France compétences accumulant des déficits de plusieurs milliards d’euros. Sa stratégie actuelle vise un retour à l’équilibre budgétaire, entraînant des mes d’économies : réduction des aides et baisse des financements.
L’État, qui a porté cette réforme et siège à France compétences, réduit progressivement son soutien financier. Ce désengagement fragilise le financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage, menaçant les ambitions affichées lors de la réforme. Les conséquences sont déjà visibles sur le terrain, notamment pour les centres de formation d’apprentis (CFA) dits « territoriaux », qui souffrent de la diminution des financements régionaux. En 2026, les enveloppes régionales financées par l’État pour ces CFA seront divisées par quatre, passant à 33 millions d’euros, au lieu des 134 millions d’euros prévus. Ces CFA, souvent essentiels pour l’économie locale, risquent de disparaître, privant de nombreux jeunes d’un accès à l’apprentissage et à la qualification.
Parallèlement, les choix gouvernementaux tendent à faire de l’apprentissage l’unique dispositif d’alternance, illustré par la suppression, en 2024, de l’aide à l’embauche en contrat de professionnalisation pour les jeunes de moins de 30 ans. À fin novembre 2024, seuls 84 800 nouveaux contrats de professionnalisation avaient été conclus, contre 115 700 un an auparavant.
Ces évolutions soulèvent des questions sur l’utilisation des financements publics et la capacité du système à répondre aux besoins des jeunes les moins qualifiés, qui sont particulièrement exposés aux difficultés d’insertion professionnelle. FO insiste sur le fait que l’attractivité de l’apprentissage ne peut reposer uniquement sur des aides financières versées aux entreprises, mais nécessite également des conditions de formation et de travail de qualité, ainsi qu’un véritable investissement dans la pédagogie.
Enfin, FO rappelle que l’apprentissage est principalement de la responsabilité de l’État, qui doit garantir la qualité des formations, l’égalité d’accès sur tout le territoire et un financement pérenne du système. Les impératifs budgétaires ne peuvent pas être le seul critère de pilotage d’une politique qui engage l’avenir des jeunes et des salariés.
Source : Force Ouvrière.
