Le cinéma rwandais face au génocide
Le génocide des Tutsis, survenu au Rwanda en 1994, a profondément marqué le pays et son histoire. Avant cet événement tragique, le cinéma rwandais était quasi inexistant, avec seulement quelques films réalisés par des Occidentaux. Depuis, environ une trentaine de films, qu’ils soient de fiction ou documentaires, ont été réalisés sur le sujet, mais peu de cinéastes rwandais se sont emparés de cette thématique. Le film Ben’imana, réalisé par Marie-Clémentine Dusabejambo, a récemment remporté la Caméra d’or au festival de Cannes, soulignant une nouvelle approche de la jeune génération face à ce chapitre douloureux de l’histoire du Rwanda.
Il a fallu près d’une décennie après le génocide pour qu’un réalisateur rwandais, Eric Kabera, aborde ce sujet. En 2004, il produit et réalise Les Gardiens de la mémoire, qui recueille les témoignages des survivants. Kabera a personnellement perdu 27 membres de sa famille durant le génocide. Il a également été coproducteur du film 100 jours, considéré comme le premier long-métrage sur le génocide, sorti en 2001. Le premier documentaire rwandais sur le sujet, Matière grise, a été réalisé par Kivu Ruhorahoza en 2011.
Marie-Clémentine Dusabejambo, lauréate de la Caméra d’or, souligne : « Nous, on est la première génération au Rwanda à faire des films. Faire des films au Rwanda, ça a commencé après le génocide par les étrangers. Ces films-là réalisés par des étrangers nous ont ouvert les yeux pour raconter nos histoires, et préserver la mémoire. Dans les films faits par les Rwandais, tu sens les émotions. »
Dans Ben’imana, Dusabejambo explore la réconciliation à travers le regard des femmes dans le contexte post-conflit. Elle évoque le silence entre les générations et la nécessité de reconstruire des liens familiaux brisés par le génocide.
Aujourd’hui, le Rwanda compte une quinzaine de réalisateurs. Avec son premier film, Marie-Clémentine Dusabejambo s’affirme déjà comme une figure montante du cinéma rwandais. Ben’imana sera prochainement projeté à Kigali.
Source : RFI
