Le MGIMO : Fabrique russe de la confrontation avec l’Europe
Tandis que l’Ukraine continue de se battre jour après jour pour sa survie, une partie du débat public français réfléchit déjà aux modalités d’une normalisation des relations avec Moscou. Pourtant, au cœur même des institutions clés formant les élites diplomatiques russes, l’idée d’une confrontation durable avec l’Europe est désormais largement intégrée.
Il existe en France, peut-être plus qu’ailleurs en Europe, une frange significative de l’opinion qui, alors même que l’Ukraine bataille encore pour sa survie, songe déjà aux modalités d’une reprise du dialogue et des échanges avec la Russie, comme si les douze dernières années d’agression du voisin ukrainien n’avaient jamais existé.
Les positionnements de cette nature, qui semblent faire l’unanimité aussi bien dans les rangs de La France insoumise (LFI) que dans de nombreux milieux de droite et d’extrême droite, rappellent que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a franchi le Rubicon en 2008 en envisageant l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie. Cela contribue à légitimer l’agression russe et les narratifs qui la sous-tendent.
Alors que la Russie, à la peine sur le champ de bataille ukrainien, accentue ses menaces envers l’Europe, un terreau pro-russe est entretenu par certains acteurs de l’écosystème médiatique français. La polémique récente autour des interventions médiatiques de Xenia Fedorova illustre à quel point une partie significative des médias français refuse encore de voir la guerre russe en Ukraine comme une agression impérialiste.
Mon expérience au MGIMO, l’Institut d’État des relations internationales de Moscou, lors de l’année académique 2017-2018, m’a convaincu de l’hostilité structurelle de l’État russe envers l’Union européenne. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a consolidé cet état de fait.
Le MGIMO, sous tutelle directe du ministère des Affaires étrangères russe, forme les élites diplomatiques du pays. Surnommé le « Harvard russe », il incarne une Russie qui glorifie la Seconde Guerre mondiale, la qualifiant de « Grande Guerre patriotique ». À l’inverse, la mémoire de cette guerre en France est plus nuancée, intégrant des éléments de collaboration.
Depuis 2014, la liberté académique au MGIMO est restreinte, et des propos critiques sur l’annexion de la Crimée peuvent entraîner des sanctions. La cen sur les productions académiques est fréquente, avec des segments de travaux souvent biffés pour ne pas refléter la position officielle.
La défiance stratégique de la Russie envers l’Europe s’est renforcée au fil des années, aboutissant à une doctrine diplomatique offensive. Cette lecture de la géopolitique contemporaine s’est traduite par des actions agressives en Ukraine, perçue comme une réponse à l’« Occident collectif ».
La situation actuelle ne résulte pas d’un malentendu conjoncturel, mais d’un processus long de consolidation du pouvoir par Vladimir Poutine. La Russie de Poutine désigne son ennemi, et la question demeure : où en sommes-nous ?
Source : Romain Keppenne
