Gabriella Papadakis : « Briser le tabou des violences sexuelles, ce n’est pas exposer une vie intime, mais refuser que l’injustice reste cachée »

Briser le silence sur les violences sexuelles dans le sport

Dans un entretien exclusif, Gabriella Papadakis, championne olympique de danse sur glace, aborde les violences sexistes et sexuelles dans le sport de haut niveau. Elle souligne la pression du silence, les mécanismes d’emprise présents dans des milieux fermés comme le patinage artistique, et appelle à une transformation structurelle pour mieux protéger les jeunes athlètes.

Papadakis affirme qu’il existe une forte pression à ne pas aborder les vies privées en public. Elle explique que, face aux violences sexistes et sexuelles, le sujet dépasse la sphère personnelle et devient une question systémique. Briser ce tabou est essentiel pour éviter que l’injustice reste cachée.

Concernant l’évolution du milieu, elle note que bien qu’il y ait des changements, ceux-ci sont lents et en retard par rapport à d’autres secteurs de la société. La libération de la parole demeure fragile, comme en témoigne la réaction à son livre, qui évoque ses propres expériences.

La relation entre entraîneur et athlète est décrite comme très forte, mais elle peut facilement basculer dans l’emprise. Papadakis insiste sur la nécessité d’inclure des spécialistes de la psychologie du sport pour veiller au bien-être des athlètes, souvent isolés et entourés de personnes ayant leurs propres ambitions.

Elle souligne également que le patinage artistique, où les athlètes commencent souvent très jeunes, crée des vulnérabilités particulières. La proximité émotionnelle avec l’entraîneur, combinée à la pression de la performance, peut mener à des dynamiques déséquilibrées.

Papadakis évoque le manque de préparation des jeunes athlètes pour reconnaître les situations abusives, soulignant que l’éducation et le soutien psychologique sont cruciaux. Elle explique que le silence dans le sport est alimenté par la peur de compromettre sa carrière et la loyauté envers son entourage.

Elle appelle à une meilleure éducation des entraîneurs et à des dispositifs de signalement plus efficaces. En France, le système « Signal sport », lancé récemment, représente un progrès, mais il reste encore du chemin à parcourir.

En conclusion, Papadakis exhorte les jeunes sportives à ne pas abandonner face à des situations inconfortables ou violentes. Elle leur conseille de s’entourer d’un réseau de soutien solide et de persévérer dans leur quête de justice.

Source : Women Sports N°40, entretien avec Gabriella Papadakis.

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