Les chaleurs humides mettent « en danger la vie de millions de personnes »
Chaque année, les chaleurs liées au changement climatique entraînent la mort de 546 000 personnes, selon les données du Lancet Countdown publiées en novembre. Les populations les plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants, sont particulièrement exposées à cette menace, souvent mal comprise. Un facteur crucial, souvent négligé, rend la chaleur particulièrement dangereuse : l’humidité.
Depuis les années 1970, le nombre de journées de chaleur humide dangereuse a plus que doublé à l’échelle mondiale, passant de 10 jours à 23 jours en moyenne par an. Cette tendance inquiétante est corroborée par une analyse publiée par Climate Central, une association scientifique, qui souligne que « la chaleur humide est désormais une caractéristique déterminante, mettant en danger la vie de millions de personnes ».
La crise climatique contribue à cette augmentation, avec des températures en hausse principalement dues à la combustion des énergies fossiles. Environ 64 % des journées de chaleur humide dangereuse depuis 1970 sont attribuables au changement climatique d’origine humaine. Cette proportion augmente de décennie en décennie, atteignant près de 83 % en 2025.
La définition d’une « journée de chaleur humide dangereuse » repose sur le thermomètre-globe mouillé (WBGT), qui combine chaleur et humidité. Une température de 25 °C WBGT est considérée comme un seuil critique, car l’humidité réduit l’efficacité de la transpiration, rendant la régulation thermique du corps difficile. Si l’air est saturé à 100 % d’humidité, la transpiration devient inefficace, et le corps ne peut plus se refroidir.
Les conséquences peuvent être graves : un coup de chaleur peut survenir lorsque la température atteint 35 °C TW, entraînant des défaillances organiques et potentiellement la mort en quelques heures. Des études indiquent que ce seuil a déjà été franchi dans des régions côtières comme le Pakistan et les Émirats arabes unis, alors que les modèles climatiques prévoyaient cela pour 2050.
La fréquence des événements météorologiques extrêmes, avec des températures comprises entre 27 et 35 °C TW, a doublé depuis 1979. Climate Central rapporte qu’aucun pays d’Europe ou d’Amérique du Nord ne figure parmi les vingt pays ayant le plus grand nombre de journées de chaleur humide dangereuse.
Ces données soulignent l’ampleur de la dette climatique. Les pays qui contribuent le moins au changement climatique, comme certains États insulaires du Pacifique, subissent les pires conséquences. En revanche, les pays riches, historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, disposent souvent de meilleures ressources pour faire face à ces défis.
Des modélisations de la NASA prévoient que certaines régions, notamment l’Asie du Sud et le Golfe Persique, pourraient connaître des températures mortelles régulières dans les 25 prochaines années.
Source : Lancet Countdown, Climate Central
