La foule a-t-elle le droit aux sports d’hiver ? Les stations de ski italiennes face à l’afflux de touristes et au réchauffement climatique
Certaines stations de ski italiennes abordables subissent un afflux massif de touristes, entraînant des tensions avec les habitants, une situation qui pourrait s’aggraver avec le manque de neige et le réchauffement climatique. La question se pose : comment préserver la nature sans restreindre l’accès aux plus aisés ?
Chaque week-end, des bus en provenance de Naples déversent des milliers de personnes vêtues de tenues de ski colorées à Roccaraso, petite ville des montagnes du centre de l’Italie. En hiver, ses rues, peuplées de 1.500 habitants, se remplissent d’excursionnistes, et ses pistes sont envahies par des Napolitains cherchant à profiter d’un air frais à bas prix.
Loin des stations haut de gamme qui accueilleront les Jeux olympiques de Milan Cortina, de nombreux Italiens choisissent des stations plus modestes comme Roccaraso. Cependant, cette affluence crée des tensions avec les résidents, illustrant les difficultés des stations de montagne à gérer un afflux croissant de visiteurs alors que les chutes de neige se raréfient.
« Nature gâchée »
La seule piste de ski accessible à pied depuis Roccaraso, située à 1.200 mètres d’altitude, est réservée aux enfants, mais les piétons peuvent emprunter le télésiège pour admirer la vue. À proximité, la station d’Alto Sangro, qui propose plus de 100 kilomètres de pistes culminant à 2.100 mètres, attire 500.000 personnes par an. De nombreux skieurs critiquent les excursionnistes, accusés de privilégier les bains de soleil et l’alcool sur les pistes, où la musique résonne à plein volume.
Une résidente de 41 ans, Kikka Misso Gentile, s’inquiète : « Les personnes qui ne skient pas viennent gâcher l’environnement, la nature et le concept même du sport ici. »
« Tout le monde a le droit de s’amuser dans la neige »
L’année dernière, des tensions sont montées lorsque plus de 250 bus, transportant entre 12.000 et 13.000 personnes, ont envahi une station en une seule journée, suite à un appel viral sur TikTok. En réponse, les autorités ont instauré un plafond de 50 bus par dimanche et déployé des agents pour gérer les flux de visiteurs. Un résident, Nicola Pitucci, constate une augmentation constante du nombre de visiteurs.
« Tout le monde a le droit de s’amuser dans la neige », déclare-t-il, tout en soulignant la nécessité de limiter le nombre de visiteurs, car la ville ne peut pas accueillir 50.000 personnes.
La question demeure : comment préserver la nature sans réserver l’accès aux plus riches ? Il est crucial de réguler le surtourisme concentré dans quelques lieux, nécessitant des adaptations dans un contexte de réchauffement climatique.
90% des pistes de ski italiennes utilisent la neige artificielle
De nombreux excursionnistes admettent ne pas avoir les moyens de skier, une activité qui peut coûter jusqu’à 200 euros par personne par jour, incluant transport, location de matériel et forfait. L’association de consommateurs Altroconsumo a signalé une augmentation de 10% des tarifs des forfaits de ski dans certaines stations, rendant ce sport encore plus inaccessible.
Malgré la diminution de l’enneigement due au changement climatique, le secteur du ski en Italie reste « très résistant », selon l’expert en tourisme Laurent Vanat, qui note que le pays a connu ses meilleures saisons en 2022-2023 et 2023-2024. Selon l’ONG Legambiente, plus de 90% des pistes de ski italiennes dépendent de la neige artificielle, une solution jugée temporaire par Antonio Montani, président du Club alpin italien, qui appelle à une diversification des activités de montagne.
Les stations de ski pourraient proposer des alternatives comme la randonnée et le cyclisme, surtout celles situées à des altitudes plus basses. Les amateurs d’aventure peuvent également se tourner vers la Sicile pour skier sur l’Etna, un volcan actif, offrant une expérience unique mêlant lave, neige et mer.
Source : AFP