« Notre peur, c’est qu’il y ait des morts » : des saisonniers survivent dans des bidonvilles en surchauffe
Périphérie de Bordeaux (Gironde), reportage
Dans le bidonville de Fouquerolle, où vivent environ 700 personnes, la chaleur accablante met en péril la vie des saisonniers, principalement d’origine roumaine, qui travaillent dans les vignes. À 18 heures, le thermomètre affiche 43 °C, et un seul point d’eau, défectueux pour la moitié de ses tuyaux, est disponible pour l’ensemble du camp. Adeline Grippon, coordinatrice régionale Aquitaine à Médecins du monde, exprime une inquiétude croissante : « Notre peur, c’est qu’il y ait des morts. »
Tous les quinze jours, des équipes médicales de l’ONG se rendent sur place pour suivre la santé des résidents. Le 19 juin, une alerte sanitaire a été lancée à l’Agence régionale de santé (ARS), signalant une dégradation rapide des conditions de vie, liée à l’insuffisance d’eau potable. Grippon souligne : « Sans eau, il y a de graves risques sanitaires. »
Le bidonville, situé près des vignobles du Médoc, est le plus grand de la métropole. Les habitants, souvent des saisonniers, doivent parcourir 300 mètres pour atteindre le robinet qui leur permet de remplir des bidons pour se laver. Dorina, une résidente, n’a pas pu travailler pendant trois jours à cause de la canicule, ce qui entraîne une perte de revenus.
Conditions de vie précaires
À quelques kilomètres, un autre bidonville abrite 50 personnes qui n’ont plus accès à l’eau depuis trois semaines. Leonard Velicu, président de l’association Eurrom, indique que la métropole avait ouvert une bouche d’incendie, mais celle-ci a été coupée en raison d’un problème technique. Pendant la canicule, des agents de médiation apportent 4,5 litres d’eau par personne pour deux jours, ce qui est insuffisant pour les besoins quotidiens tels que la cuisine et l’hygiène.
Accès à l’eau en déclin
Médecins du monde a noté une détérioration de l’accès à l’eau pour les populations précaires au fil des ans. Grippon affirme : « Avant, quand on lançait une alerte, l’eau arrivait rapidement. Aujourd’hui, la situation est plus catastrophique que lors des précédents alertes. » Une directive européenne de 2020 stipule que les métropoles doivent fournir de l’eau potable à l’ensemble de la population, y compris aux bidonvilles, mais la mise en œuvre semble bloquée.
Conclusion
La situation des saisonniers dans ces bidonvilles de Bordeaux soulève des questions cruciales sur la gestion des ressources essentielles et la protection des populations vulnérables face aux vagues de chaleur croissantes. Le manque d’accès à l’eau potable et à des conditions de vie décentes pourrait avoir des conséquences tragiques si aucune action n’est entreprise.
Source : Reporterre
