Alibaba poursuit le Pentagone : 188 milliards d'enjeux

Alibaba poursuit le Pentagone : 188 milliards d’enjeux

Le géant chinois du e-commerce, Alibaba, a déposé une plainte contre le Département de la Défense américain. La raison ? Son inscription sur la liste 1260H du Pentagone, qui l’identifie comme une contributrice à la base industrielle militaire chinoise. Cette décision transforme Alibaba, un acteur majeur du commerce en ligne, en paria sur le marché américain, sans preuves tangibles justifiant cette désignation. Actuellement, 188 entreprises chinoises sont visées, contre 134 au début de l’année 2025, marquant une escalade dans les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Les conséquences pourraient se faire sentir à travers les investisseurs européens, les chaînes logistiques mondiales et les consommateurs français.

Une escalade commerciale qui menace 188 entreprises chinoises

En quelques mois, le Pentagone a élargi sa liste noire en ajoutant 54 entreprises, incluant Baidu, le principal moteur de recherche en Chine, ainsi que les fabricants automobiles BYD et NIO. Cette expansion reflète une stratégie d’endiguement économique systématique. Selon la BBC, le ministère chinois de l’Industrie et de l’Information Technologique (MIIT) est souvent cité comme justification de ces désignations, mais toutes les entreprises technologiques chinoises d’envergure entretiennent des liens avec le MIIT, rendant cette affiliation problématique.

Les restrictions imposées depuis le 30 juin 2025 interdisent au Pentagone tout contrat direct avec ces sociétés. De plus, toute entreprise américaine partageant des liens juridiques ou de lobbying avec une entité inscrite est également affectée. Par conséquent, les conseillers d’Alibaba ont dû rompre leurs relations pour protéger leurs contrats avec le gouvernement américain, laissant l’entreprise sans représentation à Washington.

Alibaba prise au piège : perte d’accès au marché américain

La plainte déposée devant le tribunal fédéral de San Jose qualifie cette décision d’« arbitraire et capricieuse ». Alibaba affirme que ses produits et services sont destinés au commerce de détail, à la logistique et à l’informatique d’entreprise, et non à des fins militaires. Avant d’être désignée, l’entreprise avait sollicité une rencontre avec le Pentagone pour présenter ses contributions économiques aux États-Unis, sans obtenir de réponse.

À partir de 2027, l’interdiction s’étendra même aux contrats indirects, bloquant toute acquisition de biens ou services via des tiers.

Les effets en cascade sur les chaînes d’approvisionnement mondiales

Alibaba joue un rôle clé dans plusieurs secteurs de l’économie numérique mondiale. Son infrastructure cloud, Alibaba Cloud, soutient des milliers d’entreprises en Europe et en Asie. Ses plateformes logistiques gèrent des flux de marchandises essentiels pour de nombreux marchés, y compris celui français. La désignation par le Pentagone pourrait entraîner des pertes pour les entreprises occidentales collaborant avec Alibaba, qui pourraient risquer de perdre leurs propres contrats gouvernementaux.

Les PME européennes utilisant AliExpress ou Alibaba.com se retrouvent dans une zone grise juridique. Même sans commerce direct avec le Pentagone, leurs partenaires américains pourraient exiger qu’elles abandonnent ces outils pour maintenir leurs relations commerciales. Le coût de cette substitution pourrait atteindre des milliards d’euros.

Les investisseurs français et européens en première ligne

Les fonds de pension et gestionnaires d’actifs européens détiennent des parts significatives dans Alibaba, cotée à New York et Hong Kong. La désignation militaire entraîne une dévaluation du titre, forçant les investisseurs institutionnels américains à réduire leur exposition. L’ambassade de Chine à Washington a qualifié ces mes de « discriminatoires », appelant à un environnement commercial juste pour les entreprises chinoises.

Pour les ménages français investis via des fonds indiciels ou des plans d’épargne, l’impact est indirect mais réel, avec une volatilité accrue des valeurs technologiques chinoises affectant les performances des portefeuilles.

Pourquoi le Pentagone joue aux dés avec l’économie globale

Le Pentagone justifie l’inscription d’Alibaba par son lien avec le MIIT, un concept flou de « fusion civilo-militaire ». En Chine, les frontières entre les secteurs civil et militaire sont souvent floues, mais cela ne signifie pas que chaque entreprise technologique doit être considérée comme un prolongement de l’armée.

Alibaba souligne qu’elle est dirigée par un conseil d’administration indépendant, sans affiliation militaire. Ses activités se concentrent sur le commerce en ligne et les services cloud. Le Pentagone a refusé de commenter cette affaire.

Alibaba contre-attaque en justice : le test du système américain

La plainte déposée à San Jose constitue un test pour le système juridique américain. Alibaba demande sa radiation immédiate de la liste 1260H, affirmant l’absence de fondement factuel. L’issue de ce procès pourrait déterminer si le Pentagone peut continuer à désigner des entreprises étrangères sans preuves concrètes. Si Alibaba gagne, d’autres sociétés chinoises pourraient suivre son exemple. En cas d’échec, l’administration américaine pourrait étendre sa liste noire, transformant la concurrence économique en une guerre commerciale.

Les enjeux dépassent le sort d’Alibaba, touchant les règles du commerce international et leur capacité à rester objectives face à des pressions géopolitiques croissantes.

Source : Economie Matin

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