Églises de réveil : une décennie de dérives, un État aux abonnés absents
Un nom de Dieu, une page Facebook, quelques vidéos virales : en quelques semaines, une assemblée se remplit et une fortune se bâtit. Derrière les promesses de guérison et de prospérité, la chronique judiciaire de ces dernières années aligne pourtant viols présumés, escroqueries et jusqu’à la mort suspecte d’un enfant de trois ans. La vraie question n’est plus de savoir si certaines églises de réveil sont devenues des fonds de commerce, mais de comprendre pourquoi l’État continue de les laisser proliférer sans agrément ni contrôle.
Le débat resurgit à intervalles réguliers, comme une mauvaise conscience nationale. À chaque scandale, les mêmes indignations, les mêmes appels à « séparer le bon grain de l’ivraie », puis le silence, jusqu’au scandale suivant. GabonReview posait pourtant le diagnostic dès 2013 : nombre de ces assemblées sont moins des lieux de culte que des entreprises, rodées aux techniques de la communication, de la psychologie et du marketing, qui prospèrent sur la détresse des plus fragiles. Plus de dix ans plus tard, rien n’a changé, sauf l’ampleur du phénomène et la gravité de ce qu’il dissimule. Car le contentieux n’est plus seulement financier. Il est désormais criminel.
La liste des abus est accablante. En septembre 2022, le « prophète » Emmanuel Ndzoma, à la tête de la Synagogue du Gabon, est mis en cause après avoir prétendu avoir miraculeusement « fécondé » une fidèle en quête de maternité : ses activités sont gelées et l’homme incarcéré. En octobre 2023, le pasteur Jean-Yves Boussougou, de l’église Jésus-Christ Espérance des Nations, est écroué, accusé de viols répétés sur des mineures depuis 2015. En novembre 2024, la mort suspecte d’un enfant de trois ans au sein de l’église Schekina, à Owendo, bouleverse l’opinion : son pasteur sera condamné à un mois de prison avec sursis. En février 2026, Joël Andy Poungou, leader du Ministère de toutes les Nations, est incarcéré pour atteinte aux bonnes mœurs et violences après la diffusion de contenus obscènes. Plus récemment, Georges Olivier Mbazaboua, responsable de l’église VLR, a été interpellé pour des faits présumés d’abus sexuels et d’escroquerie. D’une affaire à l’autre, l’exploitation méthodique de la vulnérabilité humaine est mise en lumière.
Au cœur de cette dynamique, la théologie de la prospérité joue un rôle central. Le message est clair : « Donnez, et Dieu vous rendra au centuple. » Cette formule, martelée des pupitres, transforme la foi en instrument d’enrichissement, incitant les fidèles à se déposséder du peu qu’ils ont, persuadés d’investir dans un miracle. Les mécanismes de collecte, tels que les offrandes et la dîme proportionnelle aux revenus, ainsi que la vente de livres et de séminaires, renforcent cette dynamique.
Une question demeure : où est l’État ? Des milliers de confessions prospèrent sur le territoire sans agrément ni contrôle rigoureux. Ce vide juridique, loin d’être une fatalité, semble être un choix politique. Pendant ce temps, les réseaux sociaux amplifient le phénomène plus rapidement que la régulation ne peut suivre. L’argument de la liberté de culte ne tient plus. Encadrer n’est pas réprimer la foi, mais protéger les croyants. L’enregistrement obligatoire des confessions, la transparence financière et des sanctions exemplaires sont des mes nécessaires pour éviter que les dérives ne continuent de se multiplier.
Tant que la distinction entre pasteurs sincères et charlatans ne sera pas opérée, c’est l’ensemble des croyants, et désormais leurs enfants, qui en paieront le prix.
Source : GabonReview.
