Les frontières : lieux d’union ou de division ?
La frontière, selon Delphine Heyndrickx, muséographe de l’exposition « Frontière », « a un impact sur le réel qui peut être extrêmement différent. Elle peut être un lieu d’union comme de division ». En Europe, le projet de paix perpétuelle de l’Union européenne a presque fait disparaître les frontières internes. En revanche, entre le Vénézuéla et la Colombie, la frontière est devenue une zone de non-droit, marquée par le narcotrafic. De l’autre côté, la zone frontalière entre le Mexique et les États-Unis représente une interface économique dynamique, mais perturbée par les politiques migratoires américaines, notamment le projet de construction d’un mur sous l’administration Trump.
L’exposition, qui présente dix îlots, propose un tour du monde des frontières et de leur usage. Des quiz, des jeux de société et des cartes interactives illustrent leur évolution constante et leur caractère artificiel. « La frontière, jamais naturelle, est le résultat d’accords et de rapports de force, elle est conçue pour évoluer au fil des monarchies, des Républiques et des évolutions politiques », précise Heyndrickx. L’invention de la frontière linéaire remonte à 1648, avec les traités de Westphalie, qui instaurent la souveraineté exclusive de l’État sur son territoire. Avant cela, les frontières étaient souvent floues, comme en témoignent les partages de l’Empire de Charlemagne en 843.
Une frontière infranchissable ?
Une installation évoque la Corée du Nord, où la zone démilitarisée, créée après le cessez-le-feu de 1953, est devenue un symbole de division. Ce no man’s land de quatre kilomètres, entouré de barbelés et de champs de mines, s’est transformé en une forêt où la nature a repris ses droits. La géographe Valérie Gelézeau, qui a exploré cette zone, a capturé des sons et des images qui rendent cet endroit tangible. Elle souligne que « les deux Corées sont l’un des rares exemples de frontière infranchissable. En réalité, on n’empêche jamais réellement la migration, on ne fait que la rendre plus dangereuse ».
Les frontières sont également des lieux de danger, comme en témoignent les récits tragiques de ceux qui tentent de les franchir. La frontière entre le Niger et l’Algérie, par exemple, s’est militarisée suite à la découverte de filons d’or, rendant les traversées de plus en plus périlleuses pour les orpailleurs nigériens.
En Europe, les politiques migratoires ont eu des conséquences dramatiques. Depuis 1993, au moins 70 000 personnes ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée. L’Union européenne externalise également ses frontières, en établissant des partenariats avec des pays comme le Niger ou la Turquie, contribuant ainsi à des violations des droits humains. En Mauritanie, des centres de rétention, financés par l’UE, sont utilisés pour détenir temporairement des migrants avant qu’ils ne soient abandonnés sans ressources dans le désert.
À voir
L’exposition « Frontière » se tient à la Cité des Sciences et de l’Industrie jusqu’au 2 janvier 2028.
Source : Cité des Sciences et de l’Industrie.
