Le natto, l’aliment japonais qui dégoûte autant qu’il séduit

Le natto, l’aliment japonais qui dégoûte autant qu’il séduit

(Kamakura) Des filaments translucides et collants pendent des baguettes de Wesley Smith tandis que ce touriste américain savoure chaque bouchée gluante de son natto, cet aliment japonais à base de soja fermenté à l’arôme très puissant qui se mondialise.

Cette légumineuse très nutritive, fermentée avec des bactéries, reste un incontournable du petit-déjeuner japonais traditionnel, mais son odeur âcre, sa texture visqueuse et son goût aigre de levure fraîche divisent tous ceux qui s’y essaient. « J’ai trouvé ça un peu étrange au début », confie Wesley Smith à l’AFP lors d’un déjeuner dans un restaurant de Tokyo proposant des formules de natto à volonté. Pour les plus persévérants, ces légumineuses jaunes-brunâtres et pâteuses « deviennent un mets apprécié, comme peut l’être un fromage fort », ajoute cet Arizonien de 47 ans.

Ces dernières années, le natto a rejoint une série d’aliments fermentés, du kimchi (chou coréen) au kombucha (thé fermenté), dont la popularité a explosé à travers le monde. La consommation régulière de cet en-cas riche en fibres et protéines est censée renforcer le système immunitaire, améliorer la digestion et accroître la densité osseuse. Selon les dernières statistiques, les exportations japonaises de natto ont triplé depuis 2017 pour atteindre 5248 tonnes en 2025, la Chine et les États-Unis arrivant en tête des destinations.

À Los Angeles, le propriétaire du restaurant japonais Suehiro, Kenji Suzuki, se félicite du nombre croissant de clients non japonais qui osent tester ce plat. « Quand les réseaux sociaux ont commencé à parler du natto et de son statut de “super-aliment”, de plus en plus de gens ont voulu goûter pour savoir si c’est vraiment aussi mauvais qu’on le raconte », explique-t-il à l’AFP.

À Tokyo, Maya Bourdeau, 46 ans, l’épouse de Wesley Smith, compare le natto à du « vin naturel », avec « ce petit goût différent ». En remuant vigoureusement son bol de bibimbap garni de natto, elle le rend encore plus filandreux.

Outre ses bienfaits pour la santé supposés, le natto est aussi apprécié au Japon pour son prix. Un lot de trois barquettes de natto, de 40 à 50 grammes chacune, se vend généralement autour de 100 yens (0,87 $). Chaque part est accompagnée de petits sachets de moutarde et de sauce soja.

Cependant, même ce champion des petits budgets n’a pas échappé à une « vague de hausses des prix », explique Yoshihiro Noro, ex-président de la Fédération japonaise des coopératives de natto. Cette hausse est attribuée à une pénurie de naphte, un sous-produit du pétrole utilisé dans la confection des barquettes, due à la guerre au Moyen-Orient. M. Noro voit dans ce renchérissement une occasion pour le natto de dépasser son image de « plat du pauvre ».

« Peu d’aliments peuvent être qualifiés de “super-aliment” et sont aussi sains que le natto », affirme cet homme de 72 ans. Dans son usine à l’ouest de Tokyo, des employés lavent, cuisent à la vapeur puis aspergent généreusement de bactéries des graines de soja, qui sont ensuite assemblées en barquettes avant 18 heures de fermentation.

Environ trois fois plus cher que la moyenne, le Kamakurayama Natto a ces dernières années décroché des commandes à l’international, notamment à Hong Kong, Shanghai, Singapour et même en Norvège. « J’ai entendu dire que dans certains pays, des gens se forcent à en manger même s’ils détestent le goût, parce qu’ils ont appris que le natto est bon pour la santé. Continuez d’en manger, et vous deviendrez forcément accro ! », conclut Yoshihiro Noro.

Source : Agence France-Presse

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