« Je ne m’autorisais même plus à aller aux toilettes » : le burn-out du docteur Magalie Milo
Prendre soin des autres jusqu’à s’en rendre malade est une réalité alarmante. Selon l’observatoire annuel de la Mutuelle nationale hospitalière (MNH), 42 % des professionnels de santé ont déclaré avoir rencontré un problème médical au cours des trois derniers mois, contre 26 % pour l’ensemble des actifs. Ces chiffres révèlent une détérioration significative de la santé des soignants. Parmi eux, le docteur Magalie Milo, médecin généraliste de 46 ans, partage son expérience dans son livre Mon burn-out en blouse blanche (L’Archipel).
Originaire du Gard et formée à Montpellier, Magalie Milo a d’abord envisagé une carrière en recherche avant de se tourner vers la médecine générale, convaincue de l’importance d’être proche des patients. Cependant, cette proximité a eu des conséquences désastreuses sur sa santé.
En 2011, après plusieurs remplacements, elle s’installe dans un cabinet pluridisciplinaire en Drôme. Au début, tout semble aller bien, mais la situation se dégrade rapidement : le nombre de médecins généralistes passe de six à trois. Magalie se retrouve alors à gérer jusqu’à 40 patients par jour, en plus de 20 appels quotidiens. Pour maintenir la qualité des soins, elle néglige sa propre santé : « Je n’avais plus de pause. Je ne m’autorisais même plus à aller aux toilettes. »
Les premiers signes de son épuisement se manifestent par des symptômes physiques, tels que de l’eczéma et des infections récurrentes. Malgré ses efforts pour changer de spécialité, la pénurie médicale la rattrape, entraînant des douleurs digestives et des troubles cognitifs. En 2019, elle est arrêtée pour quatre ans par un confrère, découvrant les séquelles de l’épuisement chronique.
Magalie Milo souligne une culture du sacrifice dans le milieu médical, où les soignants apprennent à ignorer leurs propres besoins. Depuis la publication de son témoignage, des confrères commencent à partager leurs souffrances, et certains prennent enfin conscience de l’importance de leur santé.
En 2023, elle reprend son activité à Montpellier, mais à 60 % de son temps, ce qui lui permet de mieux gérer son emploi du temps. Elle appelle les autorités à repenser la gestion des hôpitaux, affirmant que « la santé n’est pas rentable et ne peut pas l’être. »
Ces témoignages mettent en lumière les défis auxquels font face les professionnels de santé en France, exacerbés par une crise de la pénurie médicale.
Source : 20 Minutes
