Mon espoir se fonde sur ce jugement : paroles de victimes au procès en Centrafrique de l’ex-président Bozizé
En République centrafricaine (RCA), le procès de l’ex-président François Bozizé se poursuit devant la Cour pénale spéciale (CPS). Ouvert le 16 juin 2026, il porte sur des crimes contre l’humanité présumés commis entre 2009 et 2013 à la prison civile et au camp militaire de Bossembélé, situé à environ 150 kilomètres au nord-ouest de Bangui. En exil en Guinée-Bissau, Bozizé est jugé par contumace aux côtés de trois anciens responsables militaires : Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy, qui sont présents devant la juridiction.
Jean-Pierre, ancien détenu de Bossembélé, a partagé son expérience lors des débats. Plus de dix ans après les faits, il évoque des souvenirs encore douloureux : « Mon arrestation a été arbitraire. Pendant plusieurs mois, nous avons vécu dans des conditions inhumaines. Nous étions plusieurs centaines de victimes à être battues et torturées. Nous ne mangions qu’une fois par semaine. Je suis tombé malade sans recevoir de soins. J’ai vu plusieurs détenus mourir dans les cellules. Aujourd’hui, mon espoir est fondé sur ce jugement. »
D’autres victimes, comme Marie, espèrent que les audiences permettront d’établir les responsabilités. Elle a perdu un proche après une détention à Bossembélé et affirme : « Tout se paye ici-bas. Nous avons souffert pendant des années dans le silence. Mon frère n’est jamais revenu de sa détention. Nous ne cherchons pas la vengeance. Nous voulons simplement que ceux qui ont causé ces souffrances soient jugés et condamnés. La justice doit être rendue pour les victimes et pour les générations futures. »
La Cour pénale spéciale, qui regroupe des magistrats centrafricains et internationaux, a été créée pour juger les crimes graves commis en RCA depuis 2003. Le procès se poursuit le 23 juin 2026 avec l’ouverture des débats contradictoires et l’audition d’un témoin.
François Bozizé, ancien chef d’état-major des forces armées, a accédé au pouvoir en mars 2003 après avoir renversé le président Ange-Félix Patassé. Élu en 2005 puis réélu en 2011, son mandat a été marqué par l’instabilité sécuritaire et des rébellions. Son renversement en 2013 par la coalition de rebelles Séléka a conduit à une des guerres civiles les plus dévastatrices de l’histoire du pays. En 2018, l’ONU a accusé les deux camps, Séléka et anti-balakas, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Bozizé, qui a pris la tête d’une nouvelle alliance rebelle en 2020, a été condamné en septembre 2022 par un tribunal centrafricain aux travaux forcés à perpétuité pour « complot » et « rébellion ».
Source : RFI
