Nouvelle dissolution avant la présidentielle 2027 ? Une « instrumentalisation » de la Constitution que rien n’interdit
Est-on certain que les sénatoriales de septembre 2026 seront les dernières élections avant la présidentielle ? Un scénario peu envisagé jusqu’à présent pourrait bouleverser la campagne : la tenue d’élections législatives anticipées suite à une dissolution de l’Assemblée nationale. C’est la rumeur qui circule dans le camp d’Emmanuel Macron, relayée par Le Figaro et L’Opinion. Le Président envisagerait de recourir à l’arme de la dissolution pour contrecarrer les plans des oppositions, notamment le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI), qui visent l’Elysée.
Cette option reste hypothétique, et l’entourage d’Emmanuel Macron a démenti toute réflexion à ce sujet. Cependant, rien ne l’interdit. L’article 12 de la Constitution stipule : « Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale. » La seule condition à respecter est un délai d’un an après la précédente dissolution.
Les législatives sont jugées moins favorables au RN
L’idée serait d’activer l’article 12 quelques semaines avant le scrutin présidentiel, prévu entre le 11 avril et le 2 mai 2027, afin que les élections législatives coïncident avec celles de la présidentielle. Cela permettrait de voter pour le député et le président le même jour. Selon la Constitution, les élections suivant une dissolution doivent se tenir entre vingt et quarante jours après celle-ci.
Cette superposition pourrait déclasser la présidentielle, qui domine habituellement le paysage politique et offre à son vainqueur une majorité absolue, à l’exception de 1988 et 2022. L’objectif serait de priver le Rassemblement national de toute rampe de lancement, le RN bénéficiant traditionnellement de l’effet d’entraînement de la présidentielle.
Or, dans un régime parlementaire, ce qui compte, c’est la majorité à l’Assemblée. Si le Président dissout, les élections importantes à gagner seraient les législatives. Le mode de scrutin est jugé moins favorable au Rassemblement national, qui avait manqué la majorité promise après sa victoire écrasante aux européennes de 2024.
Controverse constitutionnelle
La dissolution pourrait être perçue comme une parade pour contrer les ambitions de l’extrême droite. Un conseiller ministériel a déclaré qu’il s’agirait d’un dernier coup tactique pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir. La déconnexion possible entre les résultats des deux élections pourrait également affaiblir les partis principalement taillés pour la présidentielle.
Une telle dissolution avant la présidentielle poserait des défis au futur chef d’État, qui devrait composer avec une Assemblée nationale pas nécessairement à sa main, qu’il ne pourrait pas dissoudre pendant sa première année de mandat. Une controverse pourrait émerger concernant la possibilité d’une nouvelle dissolution après l’élection d’un nouveau président.
« Une dissolution pour embêter le successeur »
Dissoudre l’Assemblée à ce moment relèverait d’une utilisation inédite de cette possibilité. Selon des experts, cela serait perçu comme une action contre un successeur plutôt qu’une me pour son propre parti, ce qui pourrait manquer de légitimité politique. La rédaction de l’article 12 permet cette instrumentalisation, mais soulève des questions sur son utilisation appropriée.
En somme, cette rumeur de dissolution avant la présidentielle 2027 soulève des enjeux constitutionnels et politiques majeurs, pouvant redéfinir le paysage politique français.
Source : Le Figaro, L’Opinion
