Infractions sexuelles sur mineurs : « On n’arrivera pas à aller au bout »
Après les procureurs, les syndicats d’avocats et de policiers marseillais s’élèvent contre le manque de moyens et les dysfonctionnements dans le traitement des plaintes. Ils réagissent à l’injonction du ministre de la Justice de rouvrir 70 000 dossiers d’infractions sexuelles sur mineurs d’ici le 14 juillet.
Le 7 juin, suite à l’affaire Lyhanna, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ordonné aux procureurs généraux de réexaminer toutes les plaintes concernant des enfants qui n’ont pas donné lieu à une information judiciaire ou à un classement sans suite d’ici le 14 juillet.
Cette directive a suscité des inquiétudes quant aux ressources nécessaires pour mener à bien une telle tâche. Le procureur de la République de Nîmes, Xavier Bonhomme, a déclaré que « l’efficacité de la chaîne pénale demeure étroitement conditionnée aux moyens des parquets et des services d’enquête ». De son côté, Stéphanie Aouine, procureur d’Avignon, a souligné que ces procédures sont « sensibles, lourdes et nécessitent des investigations approfondies ».
Les policiers, également touchés par cette situation, font état d’une surcharge de travail. Arnaud Blaise, délégué syndical Unité Police, a affirmé que tous les enquêteurs de la police judiciaire sont mobilisés, travaillant jour et nuit sur les dossiers tout en tentant de gérer d’autres affaires. À ce jour, environ 170 dossiers ont été rouverts dans les quartiers nord de Marseille depuis les annonces du ministre.
Blaise considère que l’échéance du 14 juillet est irréaliste, déclarant : « C’est quasiment infaisable. On en traitera, mais on n’arrivera pas à aller au bout. » Il évoque un manque d’effectifs, précisant qu’un enquêteur a besoin d’environ quinze jours pour finaliser une enquête, à condition que le suspect soit déjà identifié.
Les avocats marseillais, par l’intermédiaire du syndicat des avocats de France (SAF), ont également critiqué cette situation. Ils rappellent que, malgré des alertes répétées durant neuf ans, peu de changements ont été observés. Dans un communiqué, le SAF a fait état d’une mauvaise allocation des moyens, affirmant que les hausses budgétaires avaient été absorbées par la construction de nouvelles prisons, sans résoudre les problèmes liés à la protection de l’enfance.
En 2025, 603 dossiers de violences sur mineurs ont été traités, un chiffre en hausse par rapport aux 332 dossiers en 2017. Cependant, face à l’ampleur des besoins, cela reste insuffisant. Un rapport d’inspection commandé par le garde des Sceaux, prévu pour le 22 juin, devrait faire le point sur les défaillances ayant conduit à la mort de Lyhanna, une fillette de 11 ans.
Source : France 3 Provence Alpes
