Décès d’Yves Lacoste, pionnier de la géopolitique française
Le géographe Yves Lacoste, reconnu comme le père de l’école française de géopolitique, est décédé samedi à l’âge de 96 ans, a annoncé lundi 22 juin Béatrice Giblin, directrice de la rédaction de la revue Hérodote, qu’il avait fondée.
Yves Lacoste s’est éteint à son domicile dans les Hauts-de-Seine, entouré de sa famille. Béatrice Giblin a décrit Lacoste comme une « personne exceptionnelle, d’une grande humanité, quelqu’un de profondément généreux ». Elle a également souligné son apport majeur à la géographie, en réintégrant le politique dans cette discipline, et en initiant une géopolitique française qu’elle qualifie de « démocratique et citoyenne ».
Son ouvrage phare, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, publié en 1976, a marqué un tournant dans le domaine. Cet essai, réédité en 2012, a posé les bases d’un renouveau dans la pensée géographique. Lacoste se définissait comme un géographe spécialiste de géopolitique, refusant de se voir comme un géopolitologue.
Agrégé de géographie et professeur à l’université Paris VIII/Vincennes, Lacoste a dynamisé la discipline par son travail de terrain, notamment en Afrique du Nord et au Vietnam. Son livre a suscité de vives critiques parmi ses pairs, qui le considéraient comme une menace pour la « géographie des professeurs », centrée sur la géographie physique.
Né au Maroc le 7 septembre 1929, Lacoste a cherché à réconcilier la géographie et l’histoire, arguant que la géographie devait aider à comprendre le politique et les rapports de pouvoir. Ancien membre du Parti communiste français jusqu’à l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques en 1956, il était également un fervent partisan de l’indépendance de l’Algérie.
Source : Le Monde
