De la Médina à Harlem, l'épopée du Doyen sénégalais Abdoulaye Thiam

De la Médina à Harlem : l’épopée d’Abdoulaye Thiam, Doyen de la communauté sénégalaise

Publié le : 22/06/2026 – 11:06

De notre envoyé spécial à New York

À Harlem, sur la 116e rue, Abdoulaye Thiam, 78 ans, est reconnu comme la mémoire vivante et le pilier de la communauté sénégalaise au cœur de Little Sénégal. Ce tailleur autodidacte a vu défiler des personnalités comme les Jackson Five, Jacques Chirac et Dapper Dan.

Ce matin-là, il attend devant le siège de l’Association des Sénégalais d’Amérique. Vêtu d’une casquette siglée NY et d’une chemise bleue soigneusement boutonnée, il serre des mains, interpelle les passants et partage des blagues en wolof. À Harlem, il est un repère pour la communauté, affectueusement surnommé « le Doyen ».

Né à Dakar, dans le quartier populaire de la Médina, Abdoulaye Thiam souligne qu’il n’a « jamais été à l’école française ». Son apprentissage se fait au village artisanal de Dakar, où il se forme auprès de maîtres tailleurs. Il développe rapidement un style caractérisé par des coupes inspirées du continent africain.

Son premier contact avec les États-Unis se fait par la musique, notamment grâce à Jimmy Hendrix et aux Jackson Five, dont il confectionne les tenues lors de leur séjour à Dakar en 1974. Sa vie prend un tournant décisif lorsqu’il est invité aux États-Unis par Jacques Chirac, alors maire de Paris, dans le cadre d’un voyage culturel pour des artisans sénégalais.

Arrivé aux États-Unis en 1982, Abdoulaye Thiam se confronte à de nouveaux défis, notamment l’apprentissage des techniques de couture adaptées à la production de masse. Il collabore avec Dapper Dan, un styliste influent de Harlem, contribuant à habiller des célébrités telles que LL Cool J et Denzel Washington.

Les débuts sont prometteurs, avec une demande croissante pour ses créations. Cependant, sa tentative de créer une entreprise avec d’autres tailleurs se solde par un échec en raison d’un manque de compétences en gestion. Abdoulaye enchaîne alors les petits boulots, tout en observant les transformations de Harlem, qui se renouvelle et voit fleurir des commerces africains.

À 78 ans, il refuse de rentrer au Sénégal. Son engagement envers la communauté se manifeste à travers l’Association des Sénégalais d’Amérique, où il a occupé de nombreux postes. Il est connu pour avoir célébré de nombreux mariages et baptêmes, ainsi que pour avoir aidé des compatriotes dans le besoin.

Abdoulaye Thiam reste une figure respectée et un soutien inestimable pour les membres de sa communauté, affirmant : « Je reste parce que c’est ici que je peux être utile. »

Source : RFI

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