Hausse des salaires : comment la France est devenue une mauvaise élève en Europe

Hausse des salaires : la France, mauvaise élève en Europe

Pour étonnante qu’elle soit, la statistique a été peu commentée : la France détient aujourd’hui le record européen de la modération salariale. Précisément, si l’on exclut Malte, c’est en France que les coûts salariaux augmentent actuellement le moins vite en Europe, selon Eurostat. Entre la fin 2024 et la fin 2025, ces coûts n’ont progressé que de 1,7 %, contre une moyenne européenne de 3,7 %. En Allemagne, la hausse atteignait encore 4,3 % au cours du troisième trimestre de 2025, avant de revenir à 3,2 % en fin d’année, soit près de deux fois le rythme français.

Comment la France, historiquement connue pour ses salaires dynamiques, est-elle devenue le parangon de la modération salariale ? Ce phénomène, accentué au cours des derniers trimestres, remonte à la sortie de crise sanitaire. Les choix de politique économique ont joué un rôle significatif. Pendant la crise inflationniste de 2022-2023, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le gouvernement a choisi d’amortir le choc non pas en aidant les ménages via des chèques, comme l’Allemagne, mais en mettant en place des ristournes pour limiter la hausse des prix de l’énergie. Cette stratégie visait à redresser la compétitivité des entreprises françaises en Europe.

Cette politique a grevé les finances publiques. Le bouclier tarifaire a coûté 72 milliards d’euros de 2021 à 2024, selon la Cour des comptes. Cet effort a effectivement réduit l’inflation, qui a été contenue à 5,9 % en France sur l’ensemble de l’année 2022, contre 8,7 % en Allemagne. En 2025, la hausse des prix en France était revenue à 0,9 %, tandis qu’elle se poursuivait en Allemagne à un rythme plus soutenu de 2,3 %.

Pour les employeurs, cette inflation contenue a constitué un argument lors des négociations salariales. Une inflation moins forte en 2022 et 2023 que dans les autres pays européens a justifié des hausses de salaires plus modérées. Au plus fort de la crise, mi-2023, le pouvoir d’achat salarial avait baissé de 2,5 % par rapport à son niveau de 2021.

Cette situation n’a pas été complètement effacée. Alors qu’en Allemagne de fortes revalorisations ont été accordées en 2024 pour compenser les pertes antérieures, les employeurs français sont rapidement revenus à des normes d’évolution des salaires proches de celles d’avant-Covid.

Certes, du début de l’année 2024 à celui de 2026, les salaires en France ont progressé un peu plus vite que les prix. Cependant, cela n’a pas suffi à effacer les pertes de pouvoir d’achat antérieures. Début 2026, le pouvoir d’achat salarial était encore légèrement inférieur à son niveau de 2021, selon l’Insee.

Avec la nouvelle envolée des prix de l’énergie liée au conflit au Proche-Orient, la situation risque de se détériorer davantage cette année. Les salaires réels pourraient encore diminuer, restant probablement sous leur niveau de 2021.

Cette stratégie de rigueur salariale soulève des questions quant à la compétitivité des entreprises françaises. Bien que le coût du travail soit devenu moins élevé qu’en Allemagne, le risque est que le pouvoir d’achat perdu le soit en vain, sans bénéfice pour l’industrie française.

Source : Eurostat, Insee, Cour des comptes.

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