TEMOIGNAGE : « J’ai appris la résilience »
Néhémie Lemal, 28 ans, originaire de Saint-Cyr-sur-Mer (Var), a consacré sept ans à filmer la reconstruction de ses trois amies d’enfance suite au décès de leurs parents. Une histoire marquée par des moments difficiles, de sororité et d’amour, qui résonne profondément avec son propre parcours.
De ses 20 à 27 ans, Néhémie a suivi Jenethe, Jenifer et Esmeralda, trois sœurs devenues orphelines après le suicide de leur mère et la perte de leur père. Au collège, Néhémie avait connu ces sœurs, qu’elle décrivait comme dynamiques et entourées. La rencontre avec Jenifer, lors d’une session photo, a ravivé leur amitié et a donné naissance à un projet de film.
Après avoir obtenu une bourse de son école de cinéma, Néhémie a entamé un tournage de quatre mois à Saint-Cyr-sur-Mer, capturant le quotidien des sœurs et les interrogeant sur leur processus de deuil. Le résultat, une version courte du documentaire Celles qui restent, est disponible depuis le 20 mai 2026 sur la plateforme France.Tv. Ce film illustre les différentes étapes du deuil vécues par chacune des sœurs, chacune exprimant sa douleur à sa manière.
Néhémie a conscience des sacrifices consentis par les sœurs et note qu’elles lui ont exprimé leur gratitude, affirmant que ce processus les avait aidées à avancer. Au début du tournage, Esmeralda, alors âgée de 12 ans, a commencé à s’approprier le film, l’utilisant comme un outil pour communiquer avec ses sœurs sur des sujets difficiles, comme la nécessité de consulter un psychologue.
Le tournage a été ponctué de pauses et de moments difficiles. Néhémie a rencontré le réalisateur Raoul Peck, qui l’a aidée financièrement, mais leur collaboration a entraîné des tensions. Après une pause d’un an et demi, Néhémie a réussi à trouver un nouvel équilibre, rencontrant Fanny Glissant, qui est devenue la productrice de son film.
Néhémie a également travaillé avec des psychologues, utilisant les rushes du film comme un outil thérapeutique. Elle a partagé que ce projet a pris une place prépondérante dans sa vie personnelle, au point de mettre en péril ses relations amoureuses.
Née en Haïti et adoptée par une famille française, Néhémie a vécu ses propres luttes avec le sentiment d’abandon. Lorsqu’elle a retrouvé sa famille biologique, elle a appris que sa mère était décédée, une coïncidence qui a renforcé son besoin de comprendre et d’explorer les thèmes du deuil.
« J’ai appris la résilience. C’était difficile, mais cela m’a apporté tant de choses », confie-t-elle. Elle se réjouit que le film ait offert aux sœurs un espace de parole et de catharsis.
Une version longue du documentaire est prévue pour une sortie en salles et en festivals en septembre, avec une adaptation en portugais brésilien pour une diffusion au Brésil.
Source : France 3 Côte d’Azur