Les effets des mégadonnées sur l’ordre démocratique mondial
Les mégadonnées recentrent le pouvoir entre États et géants technologiques, fragilisant la démocratie et privatisant l’intérêt général sous couvert d’efficacité algorithmique. C’est ce que souligne un ouvrage de référence, intitulé Démocratie artificielle : les effets des mégadonnées sur le politique, la politique et les politiques, publié au 4e trimestre de 2025 aux Presses de l’Université Laval. Cette réalité de l’intelligence artificielle redessine l’arène géopolitique sur les cinq continents.
L’actualité récente illustre cette problématique : la mise hors ligne autoritaire des modèles avancés Claude Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic par l’administration Trump a relégué au second plan les débats du salon VivaTech et du G7. Cet affrontement technologique souligne l’urgence de repenser le pouvoir politique et militaire à l’ère des IA.
La captation technologique du politique
L’ouvrage collectif dirigé par Éric Montigny, professeur à l’Université Laval, et Cecilia Biancalana, professeure à l’Université de Turin, examine l’usage massif des mégadonnées qui modifie la nature même du pouvoir. Le livre articule sa critique autour de trois axes : le politique, transformé en marché de surveillance ; la politique, réduite à du microciblage électoral ; et les politiques, dictées par la prédictibilité des comportements. Cette analyse met en lumière un paradoxe : l’illusion d’une démocratie augmentée cache une centralisation du contrôle social entre les mains de quelques géants technologiques.
La géopolitique de la cen algorithmique
Ce cadre théorique s’est concrétisé lors du salon d’affaires VivaTech 2026 et du G7 2026. Alors que les décideurs mondiaux affichaient des intentions de régulation, le coup de force de Washington contre Anthropic a révélé que la souveraineté numérique reste une illusion face au nationalisme technologique américain. En censurant Claude Fable 5 et Mythos 5, l’État américain réaffirme sa prééminence sur les entreprises de la Silicon Valley, contredisant l’idée d’un transfert de pouvoir vers le secteur privé.
Vers l’entreprise politique obligatoire
La thèse de Pascal Demurger, directeur général de la Mutuelle d’assurance française MAIF, prend tout son sens dans ce contexte. Dans son manifeste L’entreprise du XXIe siècle sera politique ou ne sera plus, il soutient que les entreprises doivent s’engager pour le bien commun pour conserver leur légitimité. Cette vision des effets des mégadonnées sur l’ordre démocratique mondial est ambivalente. Si l’engagement citoyen des entreprises peut servir de contre-pouvoir face aux dérives étatiques, il risque également d’entraîner une privatisation de l’intérêt général. En déléguant la moralité publique aux entreprises, la démocratie pourrait précipiter sa propre obsolescence, devenant artificielle.
Source : Démocratie artificielle : les effets des mégadonnées sur le politique, la politique et les politiques, Presses de l’Université Laval.
