Ralph Gibson : La sémiotique de la photographie
Ralph Gibson, photographe américain reconnu, a récemment partagé sa vision sur la sémiotique de la photographie. Ancien assistant de Dorothea Lange et de Robert Frank, il a traversé l’agence Magnum avant de réaliser que le reportage ne correspondait pas à son style. Gibson explique : « J’écris beaucoup. J’aime penser la photographie de cette façon. » Il évoque un mode d’expression rare, l’asémique, qui se définit comme « une forme d’écriture qui n’est reliée à aucune langue parlée. »
Gibson insiste sur la différence fondamentale entre la photographie et la parole. Selon lui, « les gens se trompent en croyant qu’elle entretient avec le réel le même rapport que la parole. » Son refus d’expliquer ses œuvres n’est pas une coquetterie ; il souligne : « Si je pouvais définir une chose avec des mots, pourquoi la photographierais-je ? Une bonne photographie est la définition de quelque chose qui, autrement, resterait indéfinissable. »
Cette approche remet en question le rapport traditionnel entre l’image et son commentaire. Pour Gibson, c’est la photographie qui comble une carence de la parole. Il introduit le concept de « protocoles », inspiré par Paul Valéry, affirmant que « la pureté de Mallarmé tenait à ceci : il pouvait appliquer le même jeu de protocoles à un ensemble de conditions en perpétuel changement. »
Ses photographies, souvent en noir et blanc, se caractérisent par des cadrages qui isolent des fragments de corps ou d’architecture, créant une signature reconnaissable. Gibson déclare : « Il m’a fallu des années pour comprendre ce que mes yeux voyaient. C’est là toute la différence entre la vision et la perception. »
Également influencé par des figures littéraires comme Roland Barthes et Jacques Derrida, il se définit comme un « formaliste ». Sa première œuvre, The Somnambulist, publiée en 1970, témoigne de son introspection et de son approche unique de la photographie, le conduisant à fonder sa propre maison d’édition, Lustrum Press.
En juin 2026, Gibson s’associe à MPB pour un concours permettant aux lecteurs de gagner son Leica M Typ 246, utilisé depuis 15 ans, accompagné d’un objectif Summilux 50 mm et d’un tirage signé de sa série Light Years.
Dans ses réflexions, Gibson évoque Marguerite Duras, soulignant leur projet commun d’un livre sur la Seine, jamais achevé. Il décrit leur approche de l’ellipse, qui permet au spectateur de compléter les vides. « Le spectateur fournissait les étapes intermédiaires », affirme-t-il, soulignant son rôle de sémiotographe, un terme qu’il a lui-même forgé.
Gibson conclut en affirmant que photographier signifie parfois s’effacer : « Chaque fois que l’on prend une photographie, on supprime dans le monde un peu de place pour soi. »
Source : Blind Magazine.
