Les libraires de la rue Al-Mutanabbi, à Bagdad, dépassés par les événements

Les libraires de la rue Al-Mutanabbi à Bagdad confrontés à une baisse des ventes

À Bagdad, la rue Al-Mutanabbi, célèbre pour ses étals de livres et son ambiance littéraire, connaît une période difficile. Traditionnellement animée le vendredi, cette artère emblématique est désormais plus silencieuse, selon les libraires. Dans un reportage de l’AFP, plusieurs vendeurs rapportent une chute significative de leurs ventes, même pour des ouvrages proposés à moins d’un dollar.

Hussein Ali, un libraire septuagénaire, évoque une réalité préoccupante : il se souvient avoir vendu plus de 50 livres lors d’une journée similaire il y a trente-cinq ans, tandis qu’aujourd’hui, il n’en écoule guère plus de cinq.

La rue, qui tire son nom du poète du Xe siècle Abou Al-Tayyib Al-Mutanabbi, propose encore une diversité de livres en arabe et en anglais, allant de la psychologie au yoga. Toutefois, la richesse de son offre ne suffit plus à soutenir l’économie locale. Bien que les livres soient encore présents, l’acte d’achat se raréfie.

Les raisons de cette baisse sont multiples, mêlant l’essor du numérique et des transformations sociales. Issa Adnan, un ingénieur informatique, explique qu’il privilégie désormais les livres accessibles en ligne, plus faciles à trouver, et admet avoir perdu de l’intérêt pour certains genres littéraires. Les libraires pointent également les réseaux sociaux comme une concurrence directe pour l’attention des lecteurs.

Abdullah Abdulazim, un libraire de 26 ans, constate lui aussi une réduction du nombre de visiteurs et de lecteurs. Bien qu’il utilise les réseaux sociaux pour promouvoir sa librairie, il déplore des bénéfices souvent maigres. Il souligne cependant l’importance d’une bibliothèque dans une maison, affirmant qu’elle est essentielle à l’imagination et à la créativité.

L’affaiblissement de la rue Al-Mutanabbi est d’autant plus marquant qu’elle porte une mémoire lourde, ayant traversé des périodes de guerre et de violence, notamment l’attentat-suicide de 2007 qui a coûté la vie à 30 personnes et détruit de nombreux commerces. Malgré des efforts de rénovation récents, le niveau de fréquentation n’a pas retrouvé son apogée.

Hakim Al-Shammari, un auteur, a choisi de distribuer gratuitement son dernier ouvrage aux ministères en réponse à ce désintérêt croissant pour la lecture. Dans un café voisin, Ismail Al-Bayati, un lecteur de longue date, continue d’acheter des livres pour nourrir sa passion et soutenir les libraires. À 70 ans, il a déjà lu plus de 500 ouvrages et insiste sur l’importance de la lecture dans le monde moderne, le comparant à un toxicomane en manque.

La situation actuelle de la rue Al-Mutanabbi soulève des inquiétudes quant à l’avenir de la culture littéraire à Bagdad, une ville riche d’histoire et de savoir.

Source : AFP

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