Au Kenya, les incendies volontaires des écoles devenus le symbole d’une “crise nationale”

Au Kenya, les incendies volontaires des écoles deviennent le symbole d’une “crise nationale”

Grèves, destructions, incendies… Une vague de protestations secoue les établissements scolaires kényans depuis plusieurs semaines. L’incendie volontaire d’un dortoir de la Utumishi Girls’ Academy, qui a causé la mort de seize jeunes filles, au nord de Nairobi, le 28 mai 2026, est devenu le symbole de ce que le quotidien Daily Nation qualifie dans un éditorial de “profonde crise nationale”.

Depuis cet événement tragique, les heurts se multiplient. Bien que le gouvernement minimise les faits en soulignant que seule une fraction des établissements kényans est concernée, “les incidents ont pris une telle ampleur qu’ils suscitent des inquiétudes au plus haut niveau”, constate le journal kényan dans un autre article.

Lors d’une conférence de presse le 10 juin, le ministre de l’Éducation kényan, Julius Migos Ogamba, a indiqué que 204 écoles avaient été touchées par cette vague de protestations, représentant environ 2 % des établissements du pays. Parmi ces événements, plusieurs dizaines de feux, alors que des incendies volontaires de dortoirs endeuillent régulièrement le Kenya. En 2001, le plus meurtrier de ces drames avait fait 67 morts.

Accumulation de griefs

Le président kényan, William Ruto, a rejeté l’idée de blâmer uniquement le gouvernement pour ces troubles, pointant du doigt la responsabilité des parents d’élèves. Cependant, les acteurs du monde de l’éducation s’inquiètent du manque de communication au sein d’établissements surpeuplés et dépourvus de moyens, dans un pays où l’internat est souvent privilégié par les parents.

Un étudiant d’un internat pour garçons, temporairement fermé après un incendie, a déclaré : “Nous nous sommes plaints à plusieurs reprises que les portions de nourriture étaient trop petites, mais la direction ne nous écoutait pas.”

Selon le média en ligne Citizen Digital, plusieurs responsables présumés de l’incendie de l’école secondaire pour filles Utumishi ont évoqué leur colère contre une modification du calendrier des examens, ainsi que l’obligation de payer pour participer à un événement culturel. Neuf jeunes filles suspectées d’être à l’origine du drame ont été arrêtées.

Dans le comté de Siaya, des parents d’élèves ont attaqué en justice un établissement qui exigeait qu’ils couvrent des dommages estimés à plus de 330 000 euros, accusant les responsables de négligence, alors que des lycéens dénonçaient des viols commis par d’autres élèves.

Phénomène de mimétisme

Interrogé par le Daily Nation, le spécialiste des questions de sécurité et de gouvernance Mohamed Morowa a estimé que les troubles dans les écoles kényanes résultaient d’une conjonction de facteurs, notamment la pression académique, la discipline sévère, les conditions de vie dégradées dans les internats, les problèmes familiaux et la consommation de drogue.

Le quotidien note également une “inquiétude grandissante” face à l’émergence d’un phénomène de mimétisme, amplifié par les réseaux sociaux et la couverture médiatique des incendies. Alors que le Parlement kényan a ouvert une enquête sur cette vague de protestations, un syndicat étudiant réclame la mise en place d’un système de consultation des élèves afin d’améliorer la prise en compte de leurs revendications.

Source : Daily Nation

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