Tribune libre. Catherine Ducatillion : « Planter des arbres en ville, est-ce souhaitable et est-ce toujours possible ? »

Catherine Ducatillion : « Planter des arbres en ville, est-ce souhaitable et est-ce toujours possible ? »

Planter des arbres en ville apparaît aujourd’hui comme une évidence dans de nombreuses politiques d’aménagement urbain. Face aux îlots de chaleur, à la pollution ou à la perte de biodiversité, l’arbre est souvent présenté comme une solution simple et vertueuse. Pourtant, planter un arbre en ville n’est jamais un geste simple : c’est une décision technique, écologique, sociale et politique qui engage la ville sur plusieurs décennies.

Le choix d’espèces adaptées au contexte de l’aménagement et à son évolution est également une responsabilité vis-à-vis des arbres eux-mêmes, car ce sont des êtres vivants, aux caractéristiques et aux exigences spécifiques. Ils se déploient à des échelles de temps et d’espace très différentes des nôtres.

Les arbres ont besoin d’espace pour déployer leur tronc, leurs branches et leurs racines. Les sols urbains souvent rapportés, tassés et bitumés, réduisent ou interdisent les interactions des arbres avec les microorganismes, les plantes et les animaux présents dans leur proche environnement.

Une fois installés, imposants et immobiles, les arbres gênent l’évolution des infrastructures urbaines : travaux de démolition et de construction, aménagement de la voirie et des réseaux souterrains. Pour cela, ils sont parfois réduits, subissant des plaies qui les affaiblissent, voire les condamnent à court terme, et peuvent même être abattus.

Alors, pourquoi planter des arbres en ville ?

Les arbres présents dans l’environnement urbain ont des effets bénéfiques sur la biodiversité, sur notre qualité de vie et sur la santé humaine, physique et mentale. Ils peuvent rendre des services qui intéressent les acteurs politiques et les gestionnaires des villes, au bénéfice de leurs habitants. Ces services se déclinent en plusieurs catégories : les services écologiques (qualité de l’air, régulation des eaux pluviales, maintien des sols, confort thermique, accueil de la biodiversité, captation du carbone), les services culturels et sociaux (bien-être, paysage, mixité sociale, sentiment d’appartenance, éducation à l’environnement) et les services économiques (réduction des dépenses énergétiques, valorisation du patrimoine immobilier, production de bois et de fruits).

L’arbre parfait n’existe pas

Cependant, tous les arbres et tous les types d’aménagements n’apportent pas tous les services. Le concepteur doit hiérarchiser les services attendus pour chaque aménagement et évaluer les risques potentiels et les nuisances : dangerosité mécanique de certaines espèces, inadaptation au climat, propension des racines à coloniser les canalisations ou à soulever le bitume, pollens allergisants, fruits ou graines irritants.

D’autres contraintes sont à prendre en compte, comme le ramassage des feuilles, la consommation d’eau, la réglementation sur les espèces envahissantes et les modalités d’entretien. Enfin, certaines préconisations concernent l’origine et la production de la plante : espèce autochtone à favoriser, espèce exotique non envahissante pour diversifier les espaces verts, ou variété horticole pour son esthétique.

Aujourd’hui, des outils d’aide au choix existent, comme l’application Sesame13, développée par INRAE, le CEREMA et le CD13, ainsi que le projet ARDEM.

En somme, planter des arbres en ville constitue un enjeu majeur pour construire des espaces urbains plus durables et agréables à vivre. Toutefois, cette démarche exige des choix réfléchis, adaptés aux contraintes du milieu urbain et aux besoins des habitants. La réussite des aménagements repose sur une sélection raisonnée des espèces et une vision à long terme.

Source : INRAE

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