Réforme tarifaire : Les physiothérapeutes se mobilisent
La réforme tarifaire prévue dans le secteur suisse de la physiothérapie suscite une vive polémique. Alexandra Helbling, PDG de Physiozentrum, leader du marché, alerte sur les lacunes des soins et craint pour la survie même des cabinets.
Publié : 20.06.2026 à 21:05 heures
Allongement des délais d’attente pour les séances de physiothérapie, lacunes dans la prise en charge en milieu rural et aggravation de la pénurie de personnel qualifié : Alexandra Helbling voit l’avenir de son secteur d’un mauvais œil. « Il en va de l’accès aux soins pour la population suisse », déclare-t-elle. Avec 32 centres et 400 employés, Physiozentrum est le plus important prestataire de physiothérapie en Suisse.
Les inquiétudes d’Helbling proviennent de la nouvelle structure tarifaire que l’association Physioswiss et ses partenaires ont récemment soumise à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Le cadre de base de l’accord tarifaire actuel n’a pas changé depuis environ 30 ans. Après de longues négociations, Physioswiss, l’association hospitalière H+ et Prio Swiss, l’association des asurs-maladie suisses, se sont mis d’accord sur un nouveau système.
Du tarif forfaitaire à la facturation à la minute
La nouvelle structure tarifaire définit le temps nécessaire et le degré de complexité d’une prestation, convertis en « points tarifaires » pour déterminer le montant du remboursement. Le passage de la tarification forfaitaire à une tarification individuelle basée sur le temps est prévu, avec une facturation par tranches de 5 minutes au lieu d’un forfait moyen pour une séance de 30 minutes.
Helbling souligne que « la structure proposée est une véritable catastrophe pour une grande partie de la branche ». Le chiffre d’affaires brut par heure chuterait sous la barre des 100 francs, rendant impossible la fourniture de soins de qualité. « La nouvelle structure menace la survie de près de la moitié des cabinets de physiothérapie. Ce n’est pas dans l’intérêt des patientes et des patients. »
La profession se mobilise
Peu après la présentation de la nouvelle grille tarifaire, une pétition intitulée « Tarifs équitables pour la physiothérapie » a recueilli plus de 19 000 signatures, réclamant un chiffre d’affaires brut de 140 francs par heure. « Alors qu’une augmentation de tarif attendue depuis longtemps reste en suspens, la nouvelle grille tarifaire exerce une pression supplémentaire sur les coûts », peut-on lire sur le site web de la pétition.
La nouvelle structure pénalise également les organisations de physiothérapie (OPD), qui réalisent près de la moitié du chiffre d’affaires du secteur. Ces OPD, souvent de grandes tailles avec leurs propres infrastructures, proposent des traitements basés sur des données scientifiques. Helbling explique que la qualité et l’efficacité des traitements risquent d’être pénalisées par l’absence de tarif forfaitaire.
Actuellement, un traitement standard d’une demi-heure vaut 48 points tarifaires, mais à l’avenir, il n’en vaudra plus que 44. « L’incitation est complètement à l’envers : à l’avenir, on serait récompensé si l’on prolongeait le traitement », ajoute Helbling.
L’association lance sa propre campagne
Physioswiss a lancé une campagne pour attirer l’attention sur l’écart entre les services fournis et les honoraires versés. Le processus d’élaboration de la nouvelle structure tarifaire est en cours au sein de l’OFSP et pourrait entrer en vigueur début 2027 si approuvé.
Une rumeur circule selon laquelle les grands cabinets pourraient se séparer de l’association des physiothérapeutes pour former leur propre association. Helbling a déclaré : « Nous étudions toutes les options et menons actuellement une enquête afin de déterminer les besoins des physiothérapeutes. »
Source : Physioswiss