Tout est calme dans les hauteurs : Une comédie explosive au Théâtre du Rond-Point
Au Théâtre du Rond-Point, la pièce « Tout est calme dans les hauteurs » mise en scène par Jean-François Sivadier se déroule dans les Préalpes bavaroises, au sein de la maison de Moritz Meister, un écrivain auto-proclamé génie. Les acteurs Nicolas Bouchaud et Nora Krief incarnent un couple hautain et suffisant dans l’une des premières comédies cruelles de Thomas Bernhard. La représentation est à la fois jouissive et explosive, bien qu’un peu trop longue.
La pièce commence avec une mise en scène audacieuse, où Nora Krief, vêtue d’une tunique dorée, déploie un tapis de jeu blanc, introduisant des dialogues et des monologues à la fois choquants et grotesques. La maison des Meister, luxueuse et isolée, est le cadre d’une série de scènes théâtralisées qui abordent des thèmes réalistes et dérangeants. Moritz Meister, joué par Nicolas Bouchaud, fait son apparition dans une combinaison d’apiculteur, accueillant une universitaire incarnée par Juliette Bialek, qui analyse minutieusement son œuvre.
Les personnages, Moritz et son épouse Anne, se considèrent au-dessus du monde, exprimant des idées controversées sur la littérature et l’histoire. La scénographie de Marguerite Bordat utilise des espaces vides, soulignant un passé chargé, notamment en lien avec l’héritage juif de la maison.
La pièce aborde des sujets sensibles tels que l’antisémitisme et les relents de nazisme, à travers des discours répétitifs qui forment une forteresse de mots. Ces éléments servent à critiquer une société bourgeoise, égoïste et déconnectée.
Jean-François Sivadier et son équipe, dont Frédéric Noaille dans le rôle d’un journaliste déjanté, exploitent l’absurde et le burlesque pour offrir une critique sociale incisive. Bien que la deuxième partie de la pièce tende à s’essouffler, le texte de Bernhard, révélé avec talent, demeure une réflexion puissante sur la condition humaine et le métier d’écrivain.
Cette production met en lumière un texte théâtral méconnu, révélant la force de la critique sociale d’un auteur d’exception.
Source : Hélène Kuttner, article sur Artistik Rezo.
