Panneaux solaires : après la réforme de 2026, est-ce encore rentable ?
Publié au Journal officiel le 4 juin et entré en vigueur dès le lendemain, l’arrêté du 1er juin 2026 marque un tournant majeur pour le photovoltaïque résidentiel. Pendant des années, les particuliers ont bénéficié d’un modèle reposant en partie sur les aides publiques et la revente du surplus d’électricité à un tarif garanti. Ce modèle appartient désormais au passé.
Pour autant, cette réforme ne signe pas la fin du solaire chez les particuliers. Les coûts des équipements ont fortement chuté ces dernières années, tandis que de nouvelles solutions émergent pour valoriser l’électricité produite. Pour Joël Mercy, président du Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), ce changement était même attendu depuis longtemps. « Nous avions anticipé. On sait depuis un moment que les subventions allaient s’arrêter. Dès 2010, l’État évoquait déjà la fin progressive de l’obligation d’achat », rappelle-t-il.
Pourquoi la réforme de 2026 inquiète autant les particuliers ?
Le point le plus commenté concerne la chute du tarif de rachat du surplus. Désormais, l’électricité injectée sur le réseau est rémunérée à seulement 1,1 centime d’euro par kilowattheure, contre 4 centimes auparavant pour les petites installations résidentielles, et jusqu’à 12,69 centimes avant la première réforme de 2025. Parallèlement, la prime à l’investissement a été supprimée pour les nouvelles installations concernées par le dispositif S21. Résultat ? Les particuliers ne peuvent plus compter sur les mêmes mécanismes de soutien qu’auparavant pour rentabiliser leur projet.
Les panneaux solaires restent-ils rentables malgré la baisse du tarif de rachat ?
Oui, mais la logique économique a changé. La première raison tient à la baisse spectaculaire du coût des équipements. Une installation résidentielle de 3 kWc coûtait plus de 20 000 euros au début des années 2010. Aujourd’hui, il faut compter environ 6 500 euros pour une puissance équivalente. Cette baisse des prix compense en partie la disparition des aides publiques, réduisant ainsi le temps nécessaire pour récupérer sa mise de départ.
Quelles aides restent disponibles pour installer des panneaux solaires en 2026 ?
La suppression de la prime à l’investissement ne signifie pas la disparition de tous les dispositifs de soutien. Certaines aides demeurent accessibles aux particuliers. Les installations photovoltaïques de puissance inférieure ou égale à 3 kWc bénéficient toujours d’un taux de TVA réduit à 10 % lorsqu’elles sont posées sur un logement achevé depuis plus de deux ans. Certaines collectivités locales continuent également de proposer des subventions ou des aides complémentaires, même si celles-ci varient fortement d’un territoire à l’autre.
Les particuliers peuvent également recourir à des solutions de financement classiques, comme les prêts travaux ou certains crédits dédiés à la rénovation énergétique. En revanche, contrairement aux panneaux solaires thermiques ou hybrides, les installations photovoltaïques produisant uniquement de l’électricité ne sont généralement pas éligibles à MaPrimeRénov’. Pour Joël Mercy, l’essentiel n’est toutefois plus dans les aides publiques. « Aujourd’hui, la rentabilité repose surtout sur le bon dimensionnement de l’installation et sur la capacité à consommer sa propre production », rappelle-t-il.
Quel sera désormais le temps d’amortissement d’une installation photovoltaïque ?
La réforme devrait allonger la durée d’amortissement, mais dans des proportions limitées. Selon les estimations du GPPEP, l’ajout d’une batterie de stockage, devenu plus pertinent dans le nouveau contexte réglementaire, pourrait rallonger le retour sur investissement de deux à trois ans. « Au lieu d’amortir votre installation en dix ans, vous allez l’amortir en treize ans dans le scénario le plus défavorable », estime Joël Mercy. Cette hausse s’explique par le coût supplémentaire du stockage. En contrepartie, les ménages consomment davantage leur propre production et achètent moins d’électricité au réseau.
Combien peut-on économiser sur sa facture d’électricité grâce aux panneaux solaires ?
C’est désormais la question centrale. Avec un tarif de rachat du surplus ramené à 1,1 centime d’euro par kilowattheure, la rentabilité d’une installation photovoltaïque repose avant tout sur les économies réalisées sur la facture d’électricité. Une installation résidentielle de 3 kWc produit généralement entre 3 000 et 4 000 kWh par an selon la région, l’orientation du toit et les conditions d’ensoleillement. Plus le foyer consomme directement cette électricité, plus le gain financier est important. Chaque kilowattheure autoconsommé est en effet autant d’électricité qui n’est pas achetée au fournisseur d’énergie. Pour Joël Mercy, président du GPPEP, c’est précisément là que se situe le nouveau modèle économique du photovoltaïque. « Aujourd’hui, il faut raisonner en économies réalisées plutôt qu’en revenus tirés de la revente », explique-t-il.
À titre d’exemple, un ménage consommant une grande partie de sa production peut économiser plusieurs centaines d’euros par an sur sa facture d’électricité. Ces gains ont même tendance à augmenter lorsque les tarifs de l’électricité progressent. À l’inverse, les particuliers qui injectent l’essentiel de leur production sur le réseau verront la rentabilité de leur installation diminuer fortement depuis la réforme.
Pourquoi l’autoconsommation devient-elle la clé de la rentabilité ?
La véritable révolution introduite par la réforme est là. Lorsque le surplus est vendu à seulement 1,1 centime d’euro par kilowattheure, il devient beaucoup plus intéressant de consommer soi-même son électricité plutôt que de la revendre. C’est précisément pour cette raison que le secteur mise désormais sur les batteries domestiques. Leur prix a fortement diminué ces dernières années. « Une batterie qui coûtait 10 000 euros il y a encore deux ans se trouve aujourd’hui autour de 5 000 euros », observe Joël Mercy.
Selon lui, cette tendance devrait se poursuivre grâce à la montée en puissance du marché des véhicules électriques, au développement du recyclage et à l’arrivée de nouvelles technologies comme les batteries sodium-ion. L’objectif est simple : stocker l’électricité produite en journée pour l’utiliser le soir ou la nuit, lorsque le logement en a réellement besoin.
Quels ménages seront les plus pénalisés par la réforme ?
Tous les projets ne seront pas touchés de la même manière. Les installations surdimensionnées sont les principales perdantes. Avec un tarif de revente devenu quasi symbolique, produire beaucoup plus que ses besoins n’a plus le même intérêt économique. « Il faut investir dans une installation en fonction des besoins du ménage », insiste Joël Mercy. « Si la réforme de 2026 ne tue pas la rentabilité, elle va tout de même sanctionner les projets mal dimensionnés. » Les foyers qui ont correctement adapté la puissance de leur installation à leur consommation électrique devraient donc mieux traverser cette transition.
Source : Capital
