Une expérience sur la privation de sommeil qui a marqué l’histoire scientifique
Il y a un siècle, Frederick August Moss, professeur de psychologie à la George Washington University, a mené l’une des premières expériences formelles sur la privation de sommeil. Son postulat audacieux stipulait que le sommeil n’était qu’une habitude culturelle, sans fondement biologique. Pour le démontrer, il a recruté sept étudiants volontaires, les maintenant éveillés pendant deux jours et demi. Cette étude, bien que conçue pour prouver l’inutilité du sommeil, a durablement influencé les recherches en neurosciences sur ce sujet.
Contexte de l’expérience
Dans les années 1920, l’Amérique était obsédée par la productivité. Thomas Edison, figure emblématique de l’époque, prétendait ne dormir que quatre heures par nuit. Moss, en phase avec cette idéologie, a réalisé son expérience dans son laboratoire de Foggy Bottom à Washington. Pour garder ses participants éveillés, il a utilisé diverses activités, telles que des balades en voiture, des parties de baseball et des discussions prolongées. Pendant ce temps, il mesurait leurs réflexes, leur mémoire, leur raisonnement et leur précision gestuelle. Les résultats ont montré une dégradation progressive des performances, mais sans effondrement spectaculaire, ce que Moss interprétait comme une validation de sa théorie.
Données et résultats contradictoires
Cependant, en juillet 1925, des chercheurs de l’université de Chicago publiaient déjà des conclusions opposées. Ils ont établi que :
- Aucun moyen connu ne permettait de réduire le besoin de sommeil sans nuire à la santé.
- Les fonctions cognitives se détérioraient de manière mesurable dès les premières heures de privation.
- Le repos nocturne était essentiel pour un équilibre neurologique global.
Moss a ignoré ces résultats, mais la science a finalement prouvé qu’il avait tort.
Évolution des recherches sur le sommeil
Au fil des décennies, les travaux de Nathaniel Kleitman et Eugene Aserinsky à l’université de Chicago ont profondément transformé notre compréhension du sommeil. Leur découverte du sommeil paradoxal dans les années 1950 a révélé que le cerveau endormi n’est pas inactif ; il consolide les souvenirs et répare les connexions neuronales. Aujourd’hui, il est reconnu que la privation chronique de sommeil augmente le risque de dépression et fragilise le système immunitaire.
Les recherches contemporaines montrent également que dormir moins de sept heures par nuit peut avoir des impacts négatifs sur la santé physique et mentale, tandis qu’un excès de sommeil peut signaler des troubles sous-jacents.
Conclusion
L’expérience de 1925 demeure une curiosité historique qui, en cherchant à discréditer le sommeil, a en fait contribué à sa réhabilitation en tant que besoin biologique fondamental.
Source : Futura Sciences.