AVC, infarctus : la chaleur expose davantage les femmes, et ce n’est pas un hasard
Le changement climatique n’affecte pas tout le monde de la même manière. Dans un rapport publié le 18 juin, Oxfam France alerte sur une « double peine climatique » : les vagues de chaleur, les inondations et les feux de forêt multiplient les risques pour la santé, touchant en priorité des populations déjà vulnérables, notamment les femmes, les personnes en situation de précarité et les habitants des territoires les plus défavorisés.
AVC, infarctus : pourquoi les femmes sont plus vulnérables face aux épisodes de chaleur
La chaleur extrême est aujourd’hui reconnue comme un facteur de risque pour de nombreuses maladies, notamment les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les infarctus du myocarde et les insuffisances rénales aiguës. D’après Oxfam, elle serait déjà responsable de 5 398 décès par an en France. Une méta-analyse publiée en 2022 dans The Lancet a montré qu’une hausse de 1 °C de la température est associée à une augmentation de 2,1 % de la mortalité cardiovasculaire, les AVC étant parmi les événements les plus sensibles aux épisodes de chaleur.
Cependant, ces risques ne touchent pas tout le monde de la même manière. Selon les données citées par Oxfam, les femmes hospitalisées pour un AVC présentent un risque de décès 65 % plus élevé que les hommes, en raison de symptômes souvent méconnus ou diagnostiqués tardivement.
La problématique est similaire pour les infarctus. Les femmes sont prises en charge en moyenne 30 minutes plus tard que les hommes lors d’un infarctus du myocarde et ont deux fois plus de risque d’en mourir. La Dre Agathe Béranger, pédiatre en réanimation à l’hôpital Necker, souligne que « les symptômes d’une urgence cardiaque sont reconnus plus tardivement chez des femmes, alors que chaque seconde compte. »
Le changement climatique frappe plus durement les populations précaires
Au-delà des différences de genre, le rapport met en évidence de profondes inégalités sociales face aux effets du réchauffement climatique. En 2025, la mortalité liée à la chaleur était 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres de France métropolitaine et de Corse que dans les dix plus riches. À l’inverse, les habitants des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés présentent un risque de xposition aux fortes chaleurs dix fois moins important, grâce à des logements mieux isolés et un accès facilité à des espaces rafraîchis.
Cette tendance dépasse largement les frontières françaises. Dans un rapport publié en 2024 par ONU Femmes, les Nations unies estiment que jusqu’à 158 millions de femmes et de filles supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 en raison du changement climatique. L’organisation souligne également que les catastrophes climatiques exacerbent les tensions sociales et peuvent favoriser une hausse des violences faites aux femmes.
Pour Oxfam, ces constats montrent que l’adaptation au changement climatique ne consiste pas seulement à renforcer les infrastructures ou à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Elle doit aussi prendre en compte les inégalités de genre et les vulnérabilités sociales dans les politiques de santé publique, afin que les populations déjà les plus fragiles ne soient pas les premières victimes des crises climatiques à venir.
Source : Oxfam France.
